Hippolyte Barthélemy

Barthélemy, Jean, Hippolyte, Oscar, journaliste français, né à Alger le 30 juillet 1840, décédé le 20 novembre 1900.

Élève au Prytanée militaire de La Flèche (1850-1858) puis à Saint-Cyr, sous-lieutenant en 1860, il devint en 1869 professeur adjoint d’art de d’histoire militaires, d’administration et de législation de l’armée à Saint-Cyr. Il démissionna en 1879 (avec le grade de capitaine) pour devenir rédacteur militaire à La République française où il demeura jusqu’en 1881. Il publia un certain nombre d’ouvrages sur l’armée et son histoire, quelques romans en feuilleton dans les journaux (Les Robinsons d’AlsaceParis, 1881 puis La Cocarde, 1890), de quelques pièces de théâtre (Les Housards, 1889) et collabora à de nombreux autres journaux : le Journal officiel, Le Petit Parisien, au Petit national, Le Voltaire, La Nouvelle Revue, L’Armée française, La France militaire, L’Instruction, le Journal des sciences militaires, et surtout à Paris (dont il fut à la fondation et demeura jusqu’en 1888), pour passer au XIXe siècle (1888-1890), puis à La Cocarde (1890-1892), à L’Evénement (1892-1893) et enfin au Journal où il entra en août 1893 et finit sa carrière. Considéré comme la signature de référence sur les questions militaires et surtout après la parution de La Guerre (Rouff, 1888-1890) qui eut un important retentissement, il était un proche du général Boulanger dont il écrira, à la demande de Rouff, L’Invasion allemande (1888-1891) que Boulanger signera.
Titulaire des questions militaires au Journal, Barthélémy, membre de la Ligue des patriotes depuis 1887, père de Jeanne, Marie, Félicité, Louise qui avait épousé en 1889 Gabriel Bertrand, qui sera dreyfusard comme son frère Pierre, fut bien sûr amené à s’occuper de l’Affaire. De 1894 à 1899, il s’attacha à demeurer neutre et pouvait, en 1898, chargé de donner ses impressions du procès Zola, se féliciter de ne s’être « pas départi de [s]on impartialité » et que, comme ses collègues du Journal, il n’était que « soucieux de la justice, de la vérité, de la lumière » qui ne pourraient être obtenue « que par les formes légales, correctes, raisonnables » (« Le procès Zola », 20 février 1898). Dès le début de l’Affaire, en 1894, en réponse aux critiques de lecteurs qui s’étonnaient que Le Journal ne parlât pas plus de l’Affaire et ne les tînt pas au courant des « bruits divers qui circul[ai]ent », il répondit que, ne sachant rien, et puisque chaque nouvelle publiée le matin était contredite le soir comme celle du soir l’était le lendemain, il préférait se taire et attendre que ceux qui avaient la responsabilité de l’affaire rompissent leur silence » (« Le crime de trahison », Le Journal, 12 novembre 1894). C’est peut-être pour cela que son directeur, Xau, lui demandant le 16 novembre d’aller interviewer le général Mercier, ministre de la Guerre, l’encourageait à être « raide » pour qu’on ne « puisse dire que nous défendons le capitaine Dreyfus » (collection particulière). Il vit donc Mercier qui, à un mois du procès qui devait condamner Dreyfus et donc en parfait mépris du droit et de la justice, tout en soutenant paradoxalement qu’il « avai[t] prescrit de conduire l’enquête préalable dans le plus grand mystère, tant pour ne pas déshonorer un officier qui était peut-être innocent, que pour découvrir ses complices s’il était coupable », lui affirma qu’il « [avait] donné l’ordre de l’arrêter » dès qu’il « a[vait] eu la certitude que [l’]officier [qui “avait communiqué à une puissance étrangère des renseignements dont il avait pris connaissance en raison de ses fonctions à l’état-major de l’armée”] était le capitaine Dreyfus ». Car, ajoutait-il, « il était de mon devoir de m’assurer de lui, d’abord pour l’empêcher de faire de nouvelles communications, ensuite pour établir sa culpabilité et rechercher si d’autres actes de même nature ne pouvaient lui être imputés, car nous étions en droit de supposer, ou du moins de craindre, que celui dont nous étions saisis ne fût pas le seul » (« Le crime de trahison. Chez le ministre de la Guerre », Le Journal, 17 novembre 1894. Repris en une version quelque peu différente dans Le Matin du même jour). Chargé de suivre le procès à travers une série d’« Impressions », il fit montre de la neutralité prudente que nous évoquions, refusant a priori et jusqu’à preuve du contraire de considérer Dreyfus comme coupable : « Le capitaine Dreyfus, que je sache du moins, n’a pas avoué sa culpabilité et il faut reconnaître que son attitude, à l’audience d’hier, n’est pas de nature à laisser supposer qu’il ait renoncé à ses protestations d’innocence » (20 décembre).
À la relance de l’affaire, en novembre 1897, Barthélemy fut chargé de la « couvrir » demeurant toujours, et s’en expliquant, dans la plus parfaite neutralité qui était celle de son journal : « suivre et […] analyser avec modération, sang-froid, bon sens, impartialité et droiture, les innombrables incidents provoqués par la dénonciation dont M. Mathieu Dreyfus a pris l’initiative ». Si Du Paty, qu’il connaissait de longue date, refusa de lui donner les informations qu’il demandait (collection particulière), si Billot – semble-t-il – ne répondit pas à sa demande d’en savoir plus au sujet du dossier secret et, après les révélations de L’Intransigeant, au sujet des fantasmatiques lettres de l’empereur d’Allemagne (lettre du 12 décembre 1897, AN BB19 108),  Pellieux, en revanche – et même si Bathélemy répéta ne recevoir « aucune confidence » (« L’Affaire Dreyfus, Le Journal, 5 janvier 1898 ; voir aussi le 20 février cité infra) –, le tint informé. Si, le 5 décembre, il pouvait lui dire que « [s]a bouche est close » mais qu’il y avait « cependant dans ce que j’ai remué, des points d’où devraient découler des renseignements pour l’avenir, à notre point de vue spécial » et que « les aveugles de bonne foi verront » (collection particulière), il lui fit tout de même passer ce mot : 

Tous les renseignements qu’a eu M. Scheurer-Kestner sur l’affaire Esterhazy et l’affaire Dreyfus, renseignements qu’il a communiqués au Général Billot et à M. Méline Président du Conseil, il les tenait de M. Leblois. Tous les renseignements que M. Leblois a eus sur l’affaire Esterhazy et l’affaire Dreyfus, il les tenait de M. Picquart. (collection particulière).

On ne retrouva pas ce propos particulier mais ses articles de janvier furent ceux d’un homme qui servait clairement les intérêts de l’accusation et de l’État-major, et Pellieux l’en remerciera d’ailleurs le 18 janvier : « Je tiens […] à te remercier de ce que tu as fait et dit » (collection particulière). En effet, il présenta Esterhazy comme au supplice, malade, particulièrement éprouvé par « la lutte qu’il a soutenue pour établir son innocence » et comme n’étant pas, comme l’avaient montré l’enquête Pellieux et l’instruction Ravary, l’auteur du bordereau (« L’Affaire Dreyfus, Le Journal, 1er janvier 1898) ; jugea inconséquente la manière de procéder des défenseurs de Dreyfus (2 janvier) ; souligna leur plus que probable manque d’honnêteté (3 janvier) et qualifia de « campagne abominable » la lutte qu’ils avaient entreprise (4 janvier) ; insista sur le fait que « la justice militaire recherche la lumière » (6 janvier) et que les enquêtes de Pellieux et de Ravary, les expertises, les témoignages confirmaient « la doctrine de la chose jugée » (7 janvier). Mais ce faisant, il soutenait, que le journal dans lequel il écrivait n’était pas, comme l’avait publié Jacques Bahar, « particulièrement hostile à Dreyfus ». :

Nous croyons avoir fait preuve d’assez d’impartialité et de réserve dans nos notes quotidiennes pour que l’on ne puisse critiquer notre attitude, et nous estimons que respecter la chose jugée, jusqu’à preuve éclatante d’une erreur. (9 janvier).

De même que lui n’avait jamais pris comme « base de [s]on attitude [que] la doctrine de la chose jugée » et qu’il « y demeur[ait] inébranlablement attaché tant que l’erreur judiciaire n’aura pas été proclamée », doctrine qui de plus « s’appuyait sur l’affirmation solennelle, portée à la tribune du Sénat par le chef responsable de la justice militaire, qu’Alfred Dreyfus a été “légalement, régulièrement et justement condamné” » (10 janvier). Après la première journée du procès Esterhazy, il rendit hommage aux juges du conseil de guerre « de fière allure [qui] inspiraient […] une si profonde confiance qu’immédiatement l’auditoire a eu le sentiment qu’il allait assister une grande leçon d’honnêteté civique » et, ne doutant pas de l’issue, put se rassurer à l’idée que la sentence à venir ferait « enfin » comprendre aux « instigateurs de la réhabilitation d’Alfred Dreyfus […] que la culpabilité du déporté de l’île du Diable ne peut former l’objet d’une révision, car, ainsi que l’a répété le commissaire du gouvernement, il a été régulièrement, légitimement et justement condamné » (« Au conseil de guerre », 11 janvier). L’acquittement d’Esterhazy, « officier aussi abominablement incriminé », seconde condamnation de Dreyfus, qui justifiait la « doctrine de la chose jugée », marqua pour lui la fin de l’affaire, la possibilité que le pays « reprenne maintenant sa vie normale » :

Quelque mobile que les défenseurs des déportés de l’île du Diable prêtent à ceux de ses pairs qui l’ont soupçonné, puis accusé, enfin condamné, personne n’admettra que plus de soixante officiers appelés à connaître de son crime aient consenti à lui infliger et à maintenir la peine qu’il subit, s’il ne leur avait été démontré qu’il a vraiment commis ce crime » (« Acquittement du commandant Esterhazy », 12 janvier).

Après le « J’Accuse… ! », qui faisait s’envoler ses espoirs de retour à la tranquillité (« peut-être, si cette effervescence ne s’apaise pas, allons-nous assister à des scènes éminemment regrettables »), il conserva ce calme et cette neutralité de ton et de propos qu’il avait fixés comme ligne de conduite (ni commentaire, ni approbation, ni désapprobation), notant toutefois « le nouvel et puissant argument en faveur de la chose jugée » que constituaient les propos de Cavaignac, homme « très droit et très rigoriste », ancien ministre de la Guerre et personnalité dont l’honorabilité ne pouvait être contestée, au sujet des aveux de Dreyfus (« L’affaire Dreyfus », 15 janvier voir aussi le numéro de la veille et ceux des 1922 et 23 janvier). 
Donnant tout au long du procès Zola ses commentaires, il demeura sur le même registre, prudent mais pour l’État-major et contre les partisans de Dreyfus. Il célébra Mercier d’avoir dit « ce qu’il devait dire » (10 février) et son ami Pellieux, « homme de tête et de cœur », crâne, « très maître de lui » (11 février), « dont l’attitude si franche, dont la parole si claire, dont les affirmations si nettes produisent le plus grand effet » (12 février). Mais il se réjouit surtout de son « Allons-y ! », révélation de l’existence et du contenu de la « preuve » fabriquée par Henry :

La vérité a éclaté, hier, comme une bombe en pleine audience.
M. le général de Pellieux l’a jetée avec cette crânerie qui lui vaut la respectueuse sympathie de ses adversaires eux-mêmes.
Depuis trop longtemps l’armée était muette ; elle laissait s’écouler le flot des accusations, persuadée qu’enfin un défenseur autorisé la laverait de toutes les offenses.
Ce défenseur, elle l’a trouvé dans la personne de M. le général de Pellieux qui s’est bravement lancé en avant et a pris l’offensive, avec témérité peut-être, mais aussi avec cette belle générosité que crée la fraternité d’armes. Il n’a pas voulu que ces camarades et lui fussent plus longtemps exposés aux odieux soupçons qui pèsent sur eux.
Il a parlé et il a bien fait.
Il faut que la nation armée sache que ses chefs sont dignes de toute sa confiance » (« Le procès Zola », 18 février).

Et le lendemain, après la confirmation par Boisdeffre des déclarations de Pellieux et sa sortie par laquelle il mettait son épée et celle de l’état-major dans la balance, Barthélemy justifia ce qui n’était jamais qu’un chantage pesant sur la décision à venir du jury :

Après avoir confirmé l’exactitude de la déclaration faite avant-hier par M.- le général de Pellieux, après avoir insisté sur l’authenticité du document dont le commandant du département de la Seine avait révélé l’existence, M. le général de Boisdeffre s’est adressé aux membres du jury.
En quelques mots dictés par le plus noble sentiment il leur a déclaré que si, par le verdict qu’ils sont appelés à prononcer, ils approuvent les attaques dont les chefs de l’armée ont été l’objet dans le pamphlet « J’accuse », ces chefs se soumettront à la sentence des représentants de la nation et laisseront à d’autres la responsabilité de la défense nationale.
– M. le général de Boisdeffre a posé la question de confiance et a pesé de tout son poids sur la décision des jurés, ont dit aussitôt les organes de la défense.
Produire et soutenir cette assertion, c’est se méprendre sur l’attitude du chef de l’état-major de l’armée et sur le caractère de sa déclaration.
Depuis l’ouverture de ce lamentable procès, les généraux et les officiers cités en témoignage ont pu entendre maintes fois d’autres témoins mettre en doute leurs aptitudes professionnelles. L’orateur du parti socialiste n’a pas hésité à terminer sa déposition, ou plus exactement son discours, par une affirmation formelle de leur incapacité. De même que M. Émile Zola, M. Jean Jaurès a, en outre, agité devant l’opinion publique le spectre de la dictature militaire. Voudrait-on, par hasard, que, se refusant à accepter un verdict qui serait leur condamnation, les chefs de la. nation armée en vinssent à entreprendre une tentative de domination par la force ?
En annonçant, au contraire, que ses pairs et lui étaient fermement résolus à se soumettre et à se démettre, M. le général de Boisdeffre n’a-t-il pas prouvé que, respectueux du jugement porté sur leurs personnes et sur leurs travaux par les douze citoyens qui représentent la conscience légale du pays, les chefs de l’armée sauraient en subir les conséquences sans protestation, si cette sentence comportait un blâme.
Nous ne voyons pas que l’on puisse lui reprocher un langage si digne et si patriotique.
Par sa correction même, il est inattaquable, car il ne fait que répondre à d’autres pressions exercées par d’autres témoins sur l’esprit des jurés.
Par son opportunité, il ramène enfin les débats à l’objet même du procès que de multiples incidents ont fait perdre presque complètement de vue pendant les dix audiences précédentes.
Loin de reprocher au chef de l’état-major de l’armée cette déférence, il convient de l’en féliciter, car ce qu’il a dit exprime, en même temps le respect de nos généraux pour nos institutions politiques, leur adhésion aux sentences de la justice civile, enfin la soumission complète et absolue du pouvoir militaire à tous les autres pouvoirs, comme il convient dans un grand État démocratique.
Quelle serait, d’ailleurs, l’autorité des chefs de l’armée, s’ils prétendaient encore diriger la défense du pays après que leurs compatriotes auraient condamné leurs actes ?
La confiance, surtout dans une nation impressionnable comme la nôtre, est le premier élément du succès. Il faut que les généraux l’imposent à leurs soldats pour que ceux-ci les suivent, malgré les fatigues, malgré les privations, malgré les périls.
Sans la confiance du soldat, le chef perd tout ascendant sur la troupe qu’il commande, c’est la défaite, la débâcle, le désastre, s’il prétend la conduire au feu quand même.
Or, le procès intenté à M. Émile Zola peut aboutir à cette redoutable éventualité d’une condamnation de notre état-major par le verdict de la cour d’assises, et c’est précisément parce que nous en prévoyions le danger que nous étions opposé au procès.
Mais aujourd’hui il n’y a plus qu’à bien définir la question, telle que les débats l’ont posée devant le jury, et nous estimons que M. le général de Boisdeffre a agi loyalement quand il en a précisé les termes. (« Le procès Zola. 19 février 1898).

Le lendemain, il salua ses lecteurs, estimant, sans qu’il fût besoin d’attendre le verdict, que sa mission terminée… Il y revenait encore une fois sur ce qu’avait été sa ligne de conduite et mentait une nouvelle fois relativement aux confidences qu’il disait n’avoir pas eue :

Quel que soit le verdict de la cour d’assises, il me semble que mon rôle de publiciste militaire dans l’affaire Dreyfus-Esterhazy-Zola a pris fin avec l’audience d’hier.
Quand éclata la dénonciation du frère du déporté de l’île du Diable, le Journal voulut bien. me confier la lourde tâche d’éclairer l’opinion de ses lecteurs en prenant pour base unique de mon argumentation le respect absolu de la chose légalement jugée jusqu’au jour où il serait prouvé que le conseil de guerre de 1894 aurait commis une erreur judiciaire ou une illégalité.
J’ai suivi cette ligne de conduite sans dévier, uniquement soutenu par ma conviction inébranlable que des officiers n’avaient pu condamner un de leurs pairs pour le crime de trahison sans preuves irréfutables. 
Le hasard faisait que plusieurs de mes condisciples de La Flèche et de Saint-Cyr, ainsi que plusieurs de mes anciens élèves de l’Ecole militaire, étaient plus ou moins directement intervenus’, en raison de leurs fonctions, soit dans les enquêtes judiciaires, soit dans le jugement des procès Dreyfus et Esterhazy.
Le respect que j’ai de leur discrétion et de leur responsabilité m’a interdit même de les voir jusqu’aux audiences de la cour d’assises.
Pour soutenir ma thèse, je n’ai donc eu ni confidences, ni documents ; le bon sens a été mon seul guide.
Très résolu à accepter l’erreur judiciaire ou l’irrégularité du jugement, si elles m’étaient démontrées, j’ai attendu, que la preuve en fût manifeste.
Cette preuve n’a pas été produite.
La France l’attend encore de ceux qui l’ont tant agitée depuis de si longues semaines en lui annonçant chaque jour qu’ils allaient l’administrer le lendemain.
Durant cette longue et pénible campagne, je ne me suis pas départi de mon impartialité, et j’en ai pour témoignage les innombrables lettres d’approbation que m’ont adressées les lecteurs du Journal. Ils ont compris que nous sommes tous, ici, soucieux de la justice, de la vérité, de la lumière, mais que nous sommes fermement résolus à ne l’obtenir que par les formes légales, correctes, raisonnables.
Avoir recueilli, dans une France aujourd’hui si profondément divisée par l’objet même du litige, ces marques d’estime et de sympathie, est la meilleure récompense du publiciste de bonne foi.
Je pouvais me tromper; mais nul ne doutait que le jour où il m’eût été démontré que j’avais été abusé, j’en aurais fait l’aveu loyal.
Cet aveu, je n’aurai pas à l’exprimer, car les débats si développés et si passionnés de la cour d’assises n’ont entamé ni le jugement de 1894, ni le jugement de 1898; ils restent debout, et ainsi se confirme la doctrine qui a inspiré le Journal.
Je le remercie de m’avoir remis le soin de la soutenir en son nom.
Ma mission est terminée, et je rentre dans le rang avec la conscience du devoir accompli. (20 février 1898).

Barthélémy ne sera plus guère sollicité. En 1898, il publiera trois articles après la cassation du procès Zola (« Le 1er conseil de guerre », « Nouveau procès Zola » et « Le nouveau procès Zola », 8, 9 et 10 avril) et, en, 1899, une importante interview de Galliffet dans laquelle le nouveau ministre donnait sa « parole d’honneur », au nom du cabinet dont il était membre, qu’aucun d’eux « ne songe[ait] à influencer les juges du conseil de guerre de Rennes » (« Chez M. le général de Galliffet », 25 juin 1899). Il ne sera pas envoyé à Rennes et, après un article sur la grâce de Dreyfus dans lequel il s’inquiétait de la volonté des dreyfusards de ne pas en rester là quoi qu’en pût proclamer Galliffet en annonçant la clôture de l’Affaire et la suppression de toutes représailles (« Nos informations », 22 septembre), n’écrira plus à notre connaissance sur l’Affaire.

Sources et bibliographie : on consultera son dossier militaire au SHD sous la cote : 5 Ye 30693.

Philippe Oriol

 

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