Capitaine Eugène d’Attel

Attel, Eugène d’, militaire français né à Hestroff (Moselle) le 16 août 1858*, décédé à Paris le 1er octobre 1895.

Saint-cyrien (1876), où il connut et se lia d’amitié avec le marquis de Morès, il fut nommé lieutenant d’infanterie de ligne en 1882 et capitaine en 1885. Breveté de l’école de Guerre, il fut commandant en 1895, nomination qui faisait de lui le plus jeune commandant de l’armée. Sur le continent Africain depuis décembre 1878, il fut appelé en Algérie de juin 1881 à mars 1882, en Afrique de mars 1882 à janvier 1883, au Tonkin de novembre 1884 à mai 1886 et à nouveau en Algérie jusqu’en octobre 1887.
Le capitaine d’Attel aurait entendu, le jour de la dégradation, Dreyfus faire des aveux et en aurait parlé à deux connaissances : le capitaine Anthoine et à Wunenburger qu’il avait croisé une heure après et auquel il avait dit que Dreyfus « a[vait] avoué ». Mort en octobre 1895, d’Attel ne pourra jamais en témoigner. Le capitaine Anthoine le fera pour lui en une déclaration à Gonse en janvier 1898 (AN BB19 108, publiée dans Cassation I. II, tome 2, p. 133-134 et reprise ici dans la notice Anthoine), déclaration que reprendra Cavaignac à l’occasion de son fameux discours le 7 juilllet 1898. D’Attel sera encore évoqué à RennesForzinetti venant témoigner à son sujet, disant l’avoir « intimement connu » et vu à plusieurs reprises après la dégradation sans que jamais, évoquant l’affaire Dreyfus, il ne lui confiât quoi que ce soit relativement à des aveux. Roget, qui l’avait aussi bien connu, viendra contredire Forzinetti en tentant d’expliquer ce silence de d’Attel par le fait qu’il était « très froid, extrêmement réservé, pas communicatif du tout » et « ne faisait de confidences à personne ». Mais il viendra surtout porter le soupçon sur le témoin en lui demandant s’il pouvait préciser l’adresse de d’Attel… (Rennes III, p. 102, 108, 109).
Sa curieuse mort – il fut retrouvé sans vie dans le compartiment du train qui le conduisait à Saint-Denis (voir la presse du 4 et 5 octobre 1895) –, sera bien sûr exploitée par les antidreyfusards, à l’image de cette lettre qu’un journaliste, Bruel, fit parvenir au général de Luxer et dans laquelle il soutenait que « cette noble et innocente victime » avait été « supprimée […] parce qu’il était un obstacle vivant à des projets pour la réalisation desquels leurs auteurs n’hésiteraient pas à mettre en péril la patrie française elle-même ». Cette accusation, que l’on retrouvera tout au long de l’Affaire, sera reprise par la suite par Charles Fleury et Albert Monniot. En fait, selon l’enquête qu’avait menée Le Temps en janvier 1898, d’Attel « souffrait d’une maladie de cœur contractée aux colonies et ag gravée par l’excès de travail, n abusait de médicaments. La rupture d’anévrisme dont il est mort ne surprit personne » (« L’affaire Dreyfus », Le Temps, 30 janvier 1898).

Sources et bibliographie : on trouvera quelques informations biographiques dans la lettre de Bruel publiée dans la presse antidreyfusarde du 24 avril 1898. On consultera son dossier militaire au SHD sous la cote : 5 Ye 61652 ; son dossier de la Légion d’honneur sous la cote : LH/2776/87. Sur les accusations évoquées de meurtre, voir : Charles Fleury, La République juive. Ses trahisons. Ses gaspillages. Ses crimes !, Paris, Imprimeries, édition et publicités Belleville, 1910, p. 364 et Albert Monniot, Les Morts mystérieuses. Les oubliettes modernes, Paris, Pierre Téqui libraire-éditeur, 1918, p. 99-102.

Philippe Oriol

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