Commandant Charles de Bréon

Bréon, Charles, François de Lancrau de, militaire français, né à Goven (Ille-et-Vilaine) le 20 mars 1846*, décédé à Goven le 4 décembre 1927.

Polytechnicien (1866), élève à l’École d’application de l’artillerie et du génie (1868), lieutenant en 1870, capitaine en 1874, de Bréon était chef d’escadron depuis 1888.
Juge au procès de Rennes – qui peut-être avait songé à démissioner pour ne pas être juge (lettre de Victor Basch à Joseph Reinach du 30 juin 1899 dans Basch, Le Deuxième Procès Dreyfus. Rennes dans la tourmente. Correspondances, Paris, Berg international, 2003, p. 81) –, fut attaqué par la presse dreyfusarde qui craignait le parti-pris de ce souscripteur du monument Henry (3e liste). Mais ce fervent catholique, « réactionnaire à tout crin mais […] parfait honnête homme » (lettre de Victor Basch à Joseph Reinach du 22 juillet 1899 dans ibid., p. 111), qui allait prier entre chaque suspension d’audiences, votera, avec Jouaust, l’acquittement de Dreyfus. Le 30 octobre 1899, Raoul Allier, dans Le Siècle, lui rendra un vibrant hommage :

Ouvrez à la page 2 le livre de M. Pierre Quillard [Le Monument Henry]. Le second nom qu’on y lit est celui-ci : commandant Bréon. Je ne sais rien de plus tragique que la rencontre de ce nom dans ce document. Ainsi, il était réservé à un des souscripteurs des listes infâmes de siéger parmi les juges de Dreyfus. Il a siégé. Il a dépouillé les documents qui lui ont été soumis. Il a entendu les accusations hautaines, fielleuses, sans preuves, des ennemis de l’accusé. Il a vu le martyr, il a écouté ses protestations d’innocence, il a deviné le forfait commis contre ce camarade. Il a frémi d’horreur devant la seule pensée de cette découverte. En tâtonnant, l’angoisse au cœur, il a essayé de se reconnaître dans ce drame. Il aurait voulu trouver les preuves de cette culpabilité proclamée par les grands chefs. Il ne les a pas trouvées et il a eu le courage de dire : « Dreyfus est innocent ». Par son seul resplendissement, la vérité a vaincu cette âme d’homme.
Si le nom de Dreyfus est désormais un symbole, celui du commandant de Bréon doit en devenir un à son tour. Ce qu’il représente, c’est l’espérance indéfectible qui, dans les jours les plus sombres, c’est la confiance dans la force de l’esprit libre ; c’est le rêve légitime, obligatoire, le rêve qui se réalisera, tôt ou tard, d’une France réconciliée par la seule Vérité » (« Les Listes rouges »).

Mis en quarantaine après ce vote (« En quarantaine », La Patrie, 31 octobre 1899), il fut attaqué par la presse nationaliste. La Libre Parole, toujours inventive, trouva ainsi l’explication de ce vote auquel elle n’avait longtemps pas voulu croire – nécessairement « la pitié fort respectable du catholique [avait été] primée par l’indignation salutaire d’un officier, fils d’officier, contre la horde d’exotiques lancée à l’assaut de la France sous le commandement de Dreyfus (Jean Drault, « L’armée de Condé », 11 septembre 1899). Si de Bréon avait voté l’acquittement, c’est parce que son frère, « curé d’une importante paroisse à Paris », lui avait fait part du marché que le gouvernement lui avait mis en mains : « J’ai la promesse d’un agent de M. Waldeck-Rousseau que si tu acquittes Dreyfus, mon église évitera le sort de l’église Saint-Joseph, qui attend plusieurs autres églises catholiques » (Jean Drault, « Jouaust et de Bréon », 31 octobre 1899)… une invention qu’Henri de Bréon démentira (« Correspondance », La Libre Parole, 1er novembre).
Toute la presse antidreyfusarde ne fut pourtant pas sur ce registre, et il faut citer l’exemple du Patriote Breton qui, le 3 novembre 1899, rendit hommage à sa conduite : « celle d’un bon et loyal officier : il a cédé aux instances de sa concience. Il a fait son devoir. Il a bien fait. Son vote, loin de le déconsidérer – bien que malheureux – l’exalte et l’honore » (L. D., « Jouaust et de Bréon »). 

Sources et bibliographie : on consultera son dossier militaire conservé au SHD sous la cote  [à compléter] ; son dossier de la Légion d’honneur sous la cote : LH/1464/80. On pourra lire avec profit l’étude d’André Hélard : « Au cœur de l’affaire Dreyfus : le colonel Jouaust et le commandant de Bréon, ou “les deux” »Bulletin et Mémoires de la Société archéologique et historique du département d’Ille-et-Vilaine, tome CV, 2002, p. 215-241.

Philippe Oriol

 

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