Jean Béraud

Béraud, Jean, peintre français, né à Saint-Pétersbourg (Russie) le 12 janvier 1849*, décédé à Paris le 4 octobre 1935.

Né en Russie de parents français, Jean Béraud vint à Paris en 1870 pour y terminer ses études de droit. Ses projets furent d’abord contrariés par la guerre, par le Siège – il prit part à la défense de Paris dans les mobiles – et par la Commune de 1871. Il devint ensuite l’élève de Léon Bonnat et débuta au Salon en 1873. Jean Béraud s’orienta rapidement vers deux genres : les grands tableaux religieux et le paysage parisien. Dans la veine biblique, il connut le succès avec des œuvres telles Madeleine chez les Pharisiens (1890, Paris, musée d’Orsay) ou Le Christ lié à la colonne (1901, localisation inconnue). Parallèlement, il multiplia les vues anecdotiques de la vie parisienne et de ses élégances, représentant la vie mondaine des cercles, des soirées, de l’Opéra ou du Bois de Boulogne. Son œuvre fut toutefois toujours beaucoup plus superficielle que celle de ses amis Manet, Degas, Renoir ou Toulouse-Lautrec. Il obtint néanmoins nombre de distinctions : une médaille de 3e classe au Salon de 1882, une médaille de 2e classe l’année suivante et une médaille d’or à l’Exposition universelle de Paris (1889). À la charnière des années 1880 et 1890, il prouva ses compétences de portraitiste en réalisant La Salle de rédaction du « Journal des Débats » (1889, Paris, musée d’Orsay), une vaste composition comprenant les portraits de trente-neuf rédacteurs du journal, parmi lesquels Renan, Lavisse, Bourget ou Taine. À partir de 1890, il tenta également d’introduire la figure du Christ dans les scènes modernes dont il s’était fait une spécialité. Mais ces tentatives firent scandale et lui attirèrent des critiques virulentes. Il fut nommé officier de la Légion d’honneur (1894) – sur proposition du peintre Puvis de Chavannes.
Antirépublicain, Jules Béraud fut un sympathisant de la cause boulangiste, comme le confirme une de ses lettres à Coquelin aîné : « Ici nous sommes en caca de Floquet (Révision !) et en fin de compte assurés de jouir de Boulanger dans un an ! » (lettre L 78, mai-juin 1888, citée par Offenstadt*, p. 333).
Avec l’affaire Dreyfus, il adhéra à la Ligue de la Patrie française (1ère liste). Octave Mirbeau, qui détestait par ailleurs la peinture de Béraud, ne manqua pas de l’égratigner au détour d’une de ses chroniques dreyfusardes : « – Et l’antisémitisme, cette noble fleur de la réaction, si j’ose dire ?… Vous ne nierez pas que l’antisémitisme fut une cause vraiment élégante et superlativement héroïque ?… Un parti qui réunit sous le même drapeau tout un État-Major, les jésuites, le Beau Blond, la Guiche, le Béret, Pollonnais et Jean Béraud, c’était quelque chose de formidable et de bien français !… » (« Inquiétudes », L’Aurore, 19 septembre 1898, repris in L’Affaire Dreyfus, éd. Pierre Michel et Jean-François Nivet, Paris, Séguier, 1991, p. 115).
Jean Béraud fut par ailleurs incorporé par erreur (à moins qu’il ne s’agisse d’un homonyme) dans la souscription du Siècle en réponse à l’affichage du discours de Cavaignac (2e liste). Il fit donc publier un rectificatif relayé par La Patrie (« Une lettre de M. Jean Béraud », 17 septembre 1898) : « Un journal dreyfusard ayant fait figurer M. Jean Béraud, le peintre bien connu, parmi les défenseurs de l’ex-capitaine Dreyfus, s’est attiré une très verte protestation. Voilà comment on dresse les listes des partisans du traître ! ». La lettre était la suivante :

J’apprends seulement aujourd’hui que mon nom a figuré dans votre journal parmi les approbateurs du colonel Picquart. J’étais absent de Paris quand cette liste a paru, ce qui explique le retard de ma protestation. J’espère que vous ferez droit à ma réclamation.

Une lettre que le dreyfusard Radical, qui fut un des nombreux journaux à la reproduire, introduisit en parlant « d’un peintre dont on ne saurait dire si les photographes lui doivent beaucoup ou si c’est lui qui doit à la photographie » (« L’affaire Dreyfus », 17 septembre 1898)… En 1900, il participera à l’Hommage des artistes à Paul Déroulède avec ce dessin :

BNF

L’attitude antidreyfusarde de Jean Béraud est d’autant plus surprenante, qu’il évoluait dans des milieux plutôt dreyfusards. Très lié à Proust qui éprouvait une sympathie sincère pour lui – le 6 février 1897, il accepta d’être le témoin de Proust dans un duel qui l’opposa à Jean Lorrain, auteur d’un article très hostile à son égard (cf. George D. Painter, Marcel Proust, Paris, Mercure de France, 1966, vol. 1, p. 271 et suiv.) –, Béraud fut considéré par l’écrivain comme un « jeune et glorieux maître », un « artiste que le nouveau monde comme l’ancien acclament » ou comme le « plus spirituel des hommes » (in Contre Sainte-Beuve, édition Pierre Clarac et Yves Sandre, Paris, Gallimard, 1971, p. 460-461). Dans La Recherche, Béraud fut d’ailleurs l’un des modèles de Proust pour le personnage du peintre Elstir. Proust côtoyait Béraud dans les soirées du salon de la comtesse Potocka ou de celui de Mme Lemaire, avec Léon Bonnat, Puvis de Chavannes, Édouard Detaille ou Georges Clairin.
Au moment le plus vif de l’Affaire, Puvis de Chavannes décéda. Un comité fut rapidement constitué pour ériger un monument à sa mémoire. Béraud appartint au comité que présidait Carolus Duran et qui passa commande du monument à Auguste Rodin alors empêtré dans l’affaire de son Balzac qui provoquait des clivages proches de ceux de l’affaire Dreyfus.
Jean Béraud fut l’un des membres fondateurs de la Société Nationale des Beaux-Arts, où il exposa de 1910 à 1929. Jusqu’à la fin de sa vie, il continua de produire principalement des paysages parisiens.

Sources et bibliographie : sur Jean Béraud, on consultera le catalogue raisonné établi par Patrick Offenstadt, Jean Béraud, 1849-1935, La Belle Époque, une époque rêvée. Cologne, Taschen-Wildenstein Institute, 1999, qui comprend une chronologie détaillée mais ne fait pas référence à l’Affaire. On pourra aussi consulter son dossier de la Légion d’honneur : LH/185/3.

Bertrand Tillier

Wikipédia

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