Alexandre Bérard

Bérard, Alexandre, Octave, avocat puis magistrat, publiciste et homme politique français, né à Lyon le 3 février 1859*, décédé à Paris le 20 avril 1923.

Collaborateur, dès le plus jeune âge, de nombreux journaux, auteur à partir de 1882 de tout aussi nombreux ouvrages, franc-maçon (1882 ; Dictionnaire des FM, p. 136 ; Ligou, p. 130), il fut reçut avocat (1877) avant d’entrer, après l’obtention de son doctorat de droit (1882), dans la magistrature (substitut à Saint-Étienne, 1883 ; puis à Lyon, 1884 ; substitut du procureur général à Grenoble, 1890) qu’il quitta en 1893 après avoir été élu député de l’Ain. Précédemment, en 1888, il avait été élu au Conseil général de l’Ain.
À la Chambre, inscrit à la Gauche démocratique puis à celui de l’Union progressiste, il vota l’ordre du jour Lavertujon (respect de la chose jugée et hommage rendu à l’armée), et ne vota pas, retenu par la commission d’enquête sur le Panama à laquelle il appartenait, sur ceux d’Habert et de Richard (condamnation des « meneurs de la campagne odieuse entreprise pour troubler la conscience publique ») et de de Mun (demandant au gouvernement de « prendre les mesures nécessaires pour mettre fin la campagne entreprise contre l’honneur de l’armée »).
Cette absence lui vaudra pendant la campagne des législatives de mai, d’être attaqué avec une rare mauvaise foi par son adversaire Cambon qui déclarera que « La France […] ne veut plus de ceux qui ont osé soutenir Zola et demander la révision du procès Dreyfus, de ceux qui essaient de compromettre l’armée, l’honneur du pays, la prospérité de la nation au profit de leurs ambitions personnelles (« Chronique électorale, Le Progrès de l’Ain, 7 mai). La mauvaise foi de Cambon était d’autant plus grande qu’interrogé par La Presse après le procès Esterhazy, Bérard avait déclaré que pour lui « l’acquittement de M. Esterhazy [était] la preuve manifeste que Dreyfus a été justement condamné » (« Nos interviews », La Presse, 13 janvier 1898).
Par la suite, réélu, il vota l’affichage du discours de Cavaignac et, après la découverte du « faux Henry », défendit, dans Le Voltaire, auquel il collaborait – donnant là son premier article dans lequel il faisait allusion à l’Affaire –, le point de vue selon lequel l’affaire aurait « dû rester rigoureusement enfermée » « dans le domaine judiciaire » plutôt que d’être « jet[ée] dans le domaine politique, qui lui était absolument étranger ». Et à son point de vue, la faute en revenait « au cabinet Méline qui, pour donner satisfaction à ses amis de la droite cléricale, a consenti à les suivre sur le terrain de discussion où ils l’entraînaient au lieu de se maintenir sur le rigoureux terrain de la séparation des pouvoirs » :

[…] le crime en est à ces hommes du césarisme et du cléricalisme, qui ne cherchent qu’à troubler le pays, à faire appel aux plus odieuses violences, et qui se sont efforcés – et malheureusement, un moment, ont pu croire réussir – de transformer une affaire criminelle individuelle en une affaire religieuse et politique ! Tous les catholiques n’étaient pas des traîtres parce que le catholique Bazaine avait trahi a Metz ; tous les juifs n’étaient pas des traîtres parce que Dreyfus avait été condamné pour trahison ! Mais que leur importait : ils ont profité du judaïsme de Dreyfus pour adresser un appel sanglant de persécution religieuse contre les juifs ; – et, démasquant vite leur plan, cet appel, ils ne se contentaient pas de le jeter contre les juifs, mais encore contre les protestants, contre les libre-penseurs, contre tous les non catholiques : – l’affaire Dreyfus, sortie du domaine judiciaire, n’était plus qu’un prétexte à batailles politiques et religieuses !
On essayait de partager le pays en dreyfusiens et antidreyfusiens, comme si l’opinion publique, comme si la rue pouvaient discuter un dossier quelles ne connaissaient pas, comme si elles pouvaient juger une affaire dont les éléments n’étaient point soumis à leurs yeux ! C’était de la part des uns une incommensurable folie, de la part des autres – de ceux qui agitaient ainsi, soit d’un côté, soit de l’autre, dans le domaine politique pareille affaire. –véritable ; crime contre la paix publique, contre la tranquillité du pays.

Méline, seul, était à ses yeux responsable de cette agitation, une agitation qu’il avait permise et pour ainsi dire encouragée :

dès lors l’agitation était créée dans le pays, dès lors les passions étaient déchaînées. Ces dernières semaines, la bataille en est arrivée au point le plus aigu ; on a vu, au sujet de cette affaire, des enragés faire appel au coup d’État, on a vu des journaux cléricaux, fidèles en cela aux idées de leur parti faisant la Saint-Barthélemy et approuvant tant Ravaillac que Jacques Clément, applaudir à des crimes tels que ceux du colonel Henry et célébrer un faussaire comme un héros et comme un martyr – la fin justifiant les moyens ! (« La séparation des pouvoirs », 21 septembre ; voir aussi « Néo-boulangisme », 30 septembre et « La Guerre civile », 7 octobre).

Et il se félicitait, après l’accession au pouvoir du cabinet Dupuy, de voir les républicains faire bloc, radicaux et opportunistes ensemble, 

sur le vieux programme de notre parti sur notre vieux programme de luttes contre le césarisée et le cléricalisme ; elle est faite, à la Chambre, en une majorité gouvernementale de gauche, qui est résolue à soutenir un cabinet s’inspirant de l’esprit démocratique et résolu non seulement à repousser toutes compromissions avec les ralliés, mais encore à combattre de toutes ses forces la coalition des droitiers, des ralliés, des antisémites, des nationalistes, la coalition antirépublicaine, dont les chefs sont, dans les coulisses, le Père Dulac et le duc d’Orléans. (« La majorité gouvernementale », 5 janvier 1899).

Par la suite, il soutint, toujours dans Le Voltaire, les républicains qui s’étaient unis (Le Temps, 11 février 1899) « pour la défense de la loi républicaine » (« Le complot », 14 février), autrement dit contre la loi de désaissement, loi contre laquelle il vota. Il vota ensuite la condamnation des incidents d’Auteuil et pour l’ordre du jour Sembat demandant l’affichage de l’arrêt de la Cour de cassation proclamant la révision.
Par la suite, il vota l’amnistie (et contre l’amendement Vazeille), l’ordre du jour Chapuis du 22 mai 1900 qui s’opposait à la reprise de l’Affaire et, le 7 avril 1903, après le discours de Jaurès et l’enquête annoncée par André, préféra s’abstenir sur le nouvel ordre du jour de Chapuis, pour ne pas encourager la reprise de l’Affaire tout en ne désavouant pas le gouvernement auquel il appartenait, Combes lui ayant confié le portefeuille des Postes et Télégraphes (qu’il conservera dans les cabinets Rouvier et Sarrien jusqu’en 1906). En 1906, il vota la réintégration de Dreyfus et de Picquart, l’ordre du jour de Réveillaud « rendant hommage aux artisans de la révision », le projet de loi relatif au transfert des cendres de Zola au Panthéon (proposition de loi Breton) et, « épongiste » toujours, refusa logiquement les demandes de sanctions disciplinaires à l’égard des officiers compromis formulées par Pressensé.
Après l’Affaire, il devint collaborateur du Courrier de l’Ain et, en 1908, fut élu Sénat où il y demeurera jusqu’à son décès, toujours actif jusqu’aux derniers jours.

Sources et bibliographie : on consultera sa fiche de carrière au CAC sous la cote : 20030033/21 ; son dossier de magistrat au CARAN sous la cote : BB/6(II)/449. SUr Bérard, on lira Bertrand JacquierAlexandre Bérard, radical, franc-maçon, Œuvre rouge, 

Philippe Oriol

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