Jules Baron

Baron, Jules, propriétaire et homme politique français, né à Cholet (Maine-et-Loire) le 15 février 1855*, décédé à Cholet le 10 septembre 1919.

Baron, propriétaire, conseiller d’arrondissement du canton de Cholet de 1880 à 1889, conseiller général et conseiller municipal en 1888, maire de Cholet en 1893-1894 et de 1896 à 1900, signa en avril 1898 avec une grande partie du conseil général auquel il appartenait un vœu par lequel ils adressaient « à l’armée l’assurance de leur attachement et de leur confiance dans ses chefs, et exprim[ai]ent le vœu que le Gouvernement, fidèle aux engagements pris par le Président du Conseil à la tribune de la Chambre, mette un terme aux agissements indignes qui compromettent l’honneur du pays et la sécurité de sa défense » (Département de Maine-et-Loire, Conseil général. Première session ordinaire de 1898, Angers, imprimerie Lachèse et Cie, 1898, p. 255). En mai 1898, il fut élu député du Maine-et-Loire, sous l’étiquette conservateur. Dans sa profession, il avait écrit :

Le pays, qui avait eu tant à souffrir dans son épargne des ruines occasionnées par les affaires lancées par la coalition des financiers juifs et cosmopolites, pressentait le danger que faisait courir à son indépendance l’influence d’une telle puissance, pendant de longues années prépondérante dans les conseils du Gouvernement, et aussi considérable qu’habile à se dissimuler. 
Aujourd’hui les plus optimistes même ne peuvent pas douter de la gravité du péril, en présence surtout de l’odieuse campagne entreprise, contre l’honneur de l’armée et la confiance du pays dans ses chefs, par une poignée d’agitateurs, dont quelques-uns sont à peine naturalisés d’hier » (Recueil Barodet 1898, p. 418).

C’est sans surprise qu’on le verra, quelques mois plus tard, le 14 août, parmi les orateurs (avec Méry, Marlet, Ferdinand Bougère et l’abbé Bossebœuf) de la manifestation organisée par Grandmaison à Montreuil-Bellay en l’honneur de Toussenel, l’auteur, en 1845, des Juifs rois de l’époque (Birnbaum, p. 236).
 Monarchiste, il fut, à la Chambre, un antidreyfusard sans surprise et un antisémite déclaré, on vient de le voir, même s’il n’intégra pas, en mai 1898, le groupe constitué par Drumont : il vota le respect de la chose jugée et « l’hommage rendu à l’armée par le ministre de la Guerre » (ordre du jour de Lavertujon) et la condamnation des « meneurs de la campagne odieuse entreprise pour troubler la conscience publique » (Habert et Richard) après l’entrée en lice de Scheurer-Kestner, demanda, avec de Mun, après « J’Accuse ! », au gouvernement, qu’il soutint, de « prendre les mesures nécessaires pour mettre fin la campagne entreprise contre l’honneur de l’armée », vota l’affichage du discours de Cavaignac en juillet 1898 et fut un des signataires de l’ordre du jour de la réunion hors session des parlementaires qui demandait à Félix Faure, le 27 septembre 1898, la convocation anticipée des Chambres pour tenter d’arrêter la révision (« L’Affaire Dreyfus », Le Temps, 29 septembre 1898). Ensuite, il vota la loi de dessaisissement, fut un des 21 députés à ne pas flétrir les incidents d’Auteuil, vota contre l’affichage de l’arrêt de la Cour de cassation proclamant la révision (ordre du jour Sembat), vota l’ordre du jour Chapuis s’opposant à la reprise de l’Affaire en mai 1900 et vota une partie de l’amendement Vazeille qui tentait de contrer l’amnistie, amnistie pour laquelle il s’abstint finalement.
Se représentant en 1902, il déclara dans sa profession de foi : « Appelés au pouvoir lors de la campagne néfaste menée, par une infime minorité, en faveur d’un traître, M. Waldeck-Rousseau et ses collaborateurs ont voulu imposer l’acquittement de Dreyfus à la justice militaire ; ils ont échoué misérablement devant l’impartialité et la conscience des juges, et pour assouvir leurs rancunes, il leur a fallu s’adresser à des juges politiques, organiser le procès de la Haute-Cour, emprisonner arbitrairement 80 citoyens, et faire condamner cinq français dignes de l’estime de tous par la sincérité de leurs convictions et l’ardeur de leur patriotisme » (Recueil Barodet 1902, p. 488). Réélu, quasiment à l’unanimité (11 885 voix contre 143 à Bailleul-Liévin), il eut à voter, en avril 1903, après le discours de Jaurès et l’enquête annoncée par André, et se prononça en toute logique contre le gouvernement et pour la seconde partie de l’ordre du jour Chapuis qui demandait que l’Affaire ne sortît pas du domaine judiciaire. Il fut aussi un des souscripteurs du monument Henry (6e liste) et adhéra à la Ligue de la Patrie française (10e liste).
Malade, il abandonna son mandat en octobre 1903 et demeura, jusqu’en mai 1904, conseiller municipal et, jusqu’en 1905, conseiller général. Dernier engagement, il souscrivit en l’honneur de Grégori en septembre 1908 (5e liste).
Baron fut un authentique antidreyfusard, nationaliste et antisémite, un « violent », qui sut rester toutefois assez discret même s’il fut l’allié fidèle des plus bruyants.

Philippe Oriol

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