Louis Aragon

Aragon, Louis, écrivain français né (probablement) le 3 octobre 1897 à Paris, décédé le 24 décembre 1982 à Paris.

Louis Aragon n’est pas à présenter. Il fut toutefois lié à l’Affaire par son père, l’antidreyfusard Louis Andrieux, mais surtout pour l’histoire de la publication de ses Voyageurs de l’impériale pendant l’Occupation. Quant Aragon en eut fini l’écriture et qu’il transmit son manuscrit à son éditeur, Gallimard, le manuscrit fut successivement soumis au « lecteur du Cercle de la Librairie », qui se montra « très emballé » mais estima que « certaines phrases risqu[ai]ent d’arrêter la publication », puis au Service de la censure à Clermont-Ferrand qui s’inquiéta de l’« anticonformisme général » du livre et des passages sur l’Affaire dans lesquels l’auteur, bien que ne donnant pas « clairement son opinion », laissait « suffisamment apparaître ses préférences ». Le chef du Service de la censure proposa donc, pour ne pas prendre une responsabilité les engageant en donnant leur accord à la publication « des propos extrêmement libres et personnels de l’auteur, qui, à la veille de la guerre, était rédacteur en chef de Ce Soir et appartenait au parti communiste », de soumettre l’ouvrage à la Propaganda qui l’interdira (Pascal Fouché, L’Édition française sous l’Occupation. 1940-1944, Paris, Bibliothèque de littérature française contemporaine de l’université Paris 7, tome 1, p. 174-175). Sans en parler réellement à Aragon, Gallimard prendra le parti de revoir le texte du roman, d’en couper « habilement » toutes les passages relatifs à l’affaire Dreyfus et toutes les allusions à l’Allemagne en en supprimant le mot (« cet Allemand »/« cet homme » ; « son accent allemand »/« son accent », etc.) et en « néerlandisant » les patronymes allemands. Tel fut le prix à payer pour obtenir, fin 1942, l’autorisation de publier.

Sources et bibliographie : Michel Appel-Muller, « L’édition de 1942 des Voyageurs de l’impériale : une entreprise “diabolique” », Aragon-Elsa Triolet. Recherches croisées, n° 1, Besançon/Paris, Annales littéraires de l’université de Besançon/Les Belles Lettres, 1988.

Philippe Oriol

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