Gustave Arboireau

Arboireau, Gustave, Mériadec, militaire français, né à Neuville (Vienne) le 29 mai 1859*, date de décès inconnue.

Surveillant de 1ère classe à l’île du Diable à partir de mars 1895, il fut chargé de la garde de Dreyfus. Considéré par ses supérieurs comme un « excellent agent, sûr, dévoué, énergique pour ce service spécial de la déportation » (lettre de Guégan à Bouchet du 5 août 1895 ; Archives de l’île du Diable), il demandera fin juillet à quitter son service. Dreyfus le regrettera, notant qu’il était « un brave homme, faisant strictement le service qui lui était imposé, mais loyalement, avec tact et mesure » (Cinq années de ma vie, p. 131). Il reviendra à l’île du Diable en 1897.
Le 19 juillet 1906, après la réhabilitation, Arboireau écrira à Dreyfus :

Permettez-moi de venir me joindre à tous les bons républicains, pour vous dire la joie extrême que j’ai éprouvée en lisant enfin l’arrêt de la Cour de cassation proclamant votre innocence.
Cela ne laissait d’ailleurs aucun doute, car si au moment de cette lamentable affaire il y a eu quelques soupçons, il y a longtemps qu’ils sont dissipés dans les prit des honnêtes gens.
Vous devez certainement m’avoir perdu de vue ne m’ayant connu qu’au moment de vos plus grandes souffrances et de bien longues années se sont écoulées depuis.
Je me suis toujours intéressé à tout ce qui vous concerne et ayant lu en Nlle Calédonie où j’étais alors, votre livre « Cinq ans de ma vie », j’ai heureux et flatté d’être resté dans votre souvenir car vous avez bien voulu me consacrer dans ce livre le passage suivant qui m’a profondément touché :
[il cite le passage précédemment donné]
Moi aussi je vous ai bien regretté car ne doutant pas de votre innocence, je souffrais de vous voir aussi malheureux et si persécuté ; aussi avais-je les larmes aux yeux lorsque je vous voyais vous-même tout en pleurs devant les photographies de votre femme et de vos chers enfants.
J’aurais voulu pouvoir soulager vos peines, mais malheureusement une consigne inexorable m’obligeait dans mon devoir de soldat, à paraître indifférent à vos douleurs alors que je les partageais.
Membre de la Ligue pour la défense des droits de l’homme depuis plusieurs années, j’en ai toujours suivi les bulletins avec intérêt, ne doutant pas qu’une justice éclatante vous était réservée.
De retour des Colonies depuis quelques semaines et me trouvant de passage à Paris j’aurais été heureux d’aller vous serrer la main, mais je n’ai pas osé craignant de vous importuner à ce moment. Je compte cependant y retourner bientôt et je serais au comble de mes désirs si vous daigniez m’autoriser à aller vous présenter mes hommages.
Je suis avec le plus profond respect
mon commandant
votre dévoué serviteur

Sources et bibliographie : La lettre citée est conservée dans une collection particulière.

Philippe Oriol

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