Georges Berry

 Berry, Jean Baptiste, Marie, Georges, homme politique français, né à Bellac (Haute-Vienne) le 8 mars 1851*, décédé à Paris le 9 avril 1915.

Après des études de lettres (licence en 1874) et de droit (doctorat en 1876) à Paris, Georges Berry se lança brièvement dans la littérature vers 1875-1877 (il fréquenta les Hydropathes) puis s’inscrivit au barreau et trouva sa vraie voie au début des années 1880 dans la politique. Il se fit connaître en animant entre 1882 et 1884 la brève expérience de la Ligue royaliste populaire, censée rallier les classes laborieuses aux idées conservatrices et qui fut le premier des nombreux et coûteux échecs des monarchistes en ce domaine. En 1881, il avait été battu aux élections municipales à Montmartre, sous l’étiquette conservatrice.
L’année 1884 fut décisive pour Georges Berry. Méprisé par les orléanistes qui prenaient à ce moment la direction du parti royaliste et sans doute lucide sur l’avenir de ce dernier, il se fit élire et, après invalidation, réélire conseiller municipal du quartier de la Chaussée d’Antin où son activité et son habileté lui valurent un enracinement électoral d’une rare longévité ; battu aux législatives de 1885, il se rallia au boulangisme sans s’y compromettre mais s’inclina encore en 1889 dans la première circonscription du IXe arrondissement. Il prit sa revanche en 1893 comme rallié et, jusqu’à sa mort, fut toujours réélu au premier tour. À la Chambre, il déploya une très grande activité, notamment dans les questions sociales (hygiène, mendicité, mutualité), dans la défense du petit commerce et dans les problèmes de délinquance et de sécurité, avec un curieux mélange de conservatisme populiste et de volonté de réforme, mais il jouissait d’une autorité limitée auprès de ses collègues et n’appartenait à aucun clan.
L’affaire Dreyfus le ramena à des activités plus politiques. À l’image de sa circonscription, éphémère bastion de la Ligue antisémitique, il était farouchement antisémite (il versa 20 francs au Monument Henry, 14e liste) et avait été, dès le 10 janvier 1895, quelques jours après la dégradation de Dreyfus, un des 158 députés qui votèrent la demande d’urgence, rejetée par la Chambre, en faveur de la proposition de loi antisémite de Pontbriand visant à interdire à ceux qui n’étaient pas Français ou nés de parents naturalisés Français depuis trois générations d’être admis dans l’administration, l’armée ou la marine ou à faire partie d’une assemblée élective (Journal officiel. débats parlementaires, 11 janvier 1895, p. 16). Il fut aussi violemment antidreyfusard, sans toutefois se mêler à l’agitation factieuse. Et « violemment » fut justement la manière dont il refusa, en 1896 ou 1897, de « s’occuper de cette question » quand lui avait été montré par un dreyfusard dont nous ignorons le nom (Lazare ?) un certain nombre de documents et de pièces (Journal officiel, Débats parlementaires, Chambre des députés, 19 novembre 1896, p. 1613).
Ainsi, le 4 décembre 1897, il vota l’ordre du jour Lavertujon affirmant le « respect de la chose jugée » et « l’hommage rendu à l’armée par le ministre de la Guerre », et l’ordre du jour d’Habert et Richard flétrissant les « meneurs de la campagne odieuse entreprise pour troubler la conscience publique », et, le 13 janvier 1898, l’ordre du jour de Mun demandant après « J’Accuse… ! » au gouvernement de « prendre les mesures nécessaires pour mettre fin la campagne entreprise contre l’honneur de l’armée ». Son nom ayant été prononcé par quelques journaux comme étant un de ceux qui aurait entendu Joseph Reinach dire qu’au refus de Méline de faire la révision répondrait le « chambardement général », il eut « la loyauté » de démentir (Reinach, I, p. 847). Réélu en 1898, après une campagne au cours de laquelle il affirma sa résolution de toujours chercher « à démasquer les menées des ennemis du dehors comme les menées des ennemis du dedans » (Recueil Barodet 1898, p. 645) et, mot qu’il démentit (Le Figaro, 5 mai), « que Dreyfus soit innocent ou coupable, je ne veux pas de la révision » (Charles Chincholle, « Les réunions électorales », Le Figaro, 3 mai 1898), il vota l’affichage du discours de Cavaignac, prit l’initiative de réclamer, à deux reprises, début et fin septembre 1898, la convocation anticipée des chambres tout d’abord pour demander à Brisson de s’expliquer au sujet de la volonté qui était la sienne de « cherche[r] à réviser le procès de l’ex-capitaine Dreyfus et cela en dehors des Chambres » alors qu’il avait précédemment promis de « poursuivre énergiquement ceux qui menaient la campagne contre l’armée en faveur du traître Dreyfus » (« L’Affaire Dreyfus », Le Temps, 8 septembre 1898), puis, le 27 septembre, en une lettre collective portée en délégation à Félix Faure, pour tenter d’arrêter la procédure de révision (« L’Affaire Dreyfus », Le Temps, 29 septembre 1898). Le 22 septembre, déjà, il avait été du petit groupe de députés nationalistes (avec Anthime-Ménard, MillevoyeCharles BernardLa Ferronnays, Pontbriand, GalotDubochetSavary de BeauregardDaudéGervaize et Lasies) qui avaient convié les députés de droite à se joindre à eux pour déterminer quelle devait être « la conduite à tenir vis-à-vis du ministère Brisson » (« Les affaires Picquart et Dreyfus », Le Temps, 25 septembre 1898). De même, en octobre, il présidera le « Groupe des douze » (Millevoye, Drumont, Anthime-Ménard, HaussmannDuquesnay, Lasies, Ramel, Gervaize, La Ferronnays, Daudé, Aulan) qui avait consulté les députés pour leur demander d’adhérer à l’ordre du jour du 27 septembre blâmant le ministère Brisson et prenant la résolution « de réprimer énergiquement les agissements des fauteurs de désordres et des insulteurs de l’armée » (« L’Affaire Dreyfus », Le Temps, 17 octobre). Infatigable, il interpella aussi sur « la façon sont M. Bertulus comprend les fonctions de juge d’instruction » (31 juillet), sur la démission de Cavaignac (5 septembre), sur la publication du placard Histoire d’un innocent (12 novembre ; voir Le Courrier du Soir, 13 novembre) et Freycinet (8 mai 1899). Enfin, fin octobre 1898, il fonda un nouveau groupe parlementaire nationaliste, groupe qu’il présida : le groupe de la Défense nationale.
Il vota ensuite, après avoir adhéré à la Ligue de la patrie française (6e liste), la loi de dessaisissement, « qui donne une entière satisfaction à ceux qui, comme moi, ne cherchent qu’à faire triompher la vérité et la justice » (Journal officiel, Débats parlementaires, Chambre des députés, 31 janvier 1899, p. 213), s’abstint sur la condamnation des incidents d’Auteuil, vota contre l’affichage de l’arrêt de la Cour de cassation (ordre du jour Sembat) et, après Rennes, vota contre l’affichage de l’arrêt de la Cour de cassation (ordre du jour Sembat), et, après Rennes, l’ordre du jour Chapuis (22 mai 1900) contre la reprise de l’Affaire et l’amnistie. Le 7 avril 1903 (candidat du Comité national antijuif, il avait été réélu l’année précédente après une campagne contre le ministère dont il se faisait un honneur de l’avoir « dénoncé à la Chambre et au pays, quand il a tenté de réhabiliter le traître Dreyfus », Recueil Barodet 1902, p. 772), par Jaurès et l’enquête annoncée par André en avril 1903, il vota, sur l’ordre du jour Chapuis, contre le gouvernement et pour la seconde partie demandant que l’affaire ne sortît pas du domaine judiciaire. 
À partir de 1906, il se modéra, se déporta peu à peu vers le centre droit et fit moins parler de lui. Il collabora toutefois à La Patrie et vota contre la réintégration de Dreyfus, s’abstint sur celle de Picquart, vota contre l’ordre du jour Pressensé demandant que fussent prononcées des sanctions disciplinaires à l’égard des véritables coupables, contre celui de Réveillaud « rendant hommage aux artisans de la révision » et contre le projet de loi relatif au transfert des cendres de Zola au Panthéon (proposition de loi Breton).
Georges Berry a généralement été peu apprécié par ses contemporains et resta toujours à la périphérie des divers mouvements qu’il suivit. De la droite royaliste aux parages de la Fédération républicaine, cet homme rusé, opportuniste et très avisé sous des allures fougueuses, a parcouru en solitaire une longue et habile carrière qui témoigne d’un réel sens politique, mais montre aussi qu’il représentait, plus durablement que les flambées nationalistes, les tout petits bourgeois de Paris.

Sources et bibliographie : on pourra consulter aux Archives de la PP, les affiches de sa campagne de 1902 sous la cote Ba 211.

Bertrand Joly

Musee de Bretagne.

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