François Alicot

Alicot, François, publiciste, date de naissance incertaine (Jules-François né à Béziers le 10 janvier 1865* ou Jean-François né à Béziers le 5 mars 1867*), date de décès inconnue,

Nous avons peu de renseignements sur la vie de François Alicot, si ce n’est qu’il collaborait à L’Union républicaine de Béziers (hors d’usage à la BNF) et qu’il fut attaché toute sa vie ou presque à La Dépêche dont il fut le correspondant à Béziers, puis à Auch et enfin à Tarbes. Convaincu depuis le procès Zola, il signa la protestation Picquart (12e liste) et collabora occasionnellement à La Petite République, rendant par exemple compte d’un meeting qui s’était tenu dans sa ville et au cours duquel Delpech et Pressensé avaient pris la parole, compte rendu qu’il concluait en s’adressant à Rochefort : « Qu’il vienne donc faire un tour par ici. Qu’il y vienne, et il saura ce que pense de lui et de sa bande le peuple de Béziers ! » (« Les protestations en province », 9 décembre). Le 18 février 1899, avec quelques amis, était officiellement créée la section biterroise de la Ligue française pour la défense des droits de l’homme et du citoyen dont il fut le principal artisans et le secrétaire. Dans ce cadre, avec les membres de sa section, il participa à la souscription « pour propager la Vérité » (17e liste de la LDH) et protesté contre la loi de dessaisissement en adoptant une résolution adressée aux sénateurs du département et communiquée à la presse amie :

La section de Béziers de la « Ligue française pour la défense des droits de L’homme et du citoyen a, attristée de voir le gouvernement porter atteinte à la première institution judiciaire de la France, sur les injonctions d’une presse ignominieuse et les basses délations d’un magistrat deux fois flétri par le Parlement ;
Convaincue que la coalition inavouable des nationalistes, antisémites, cléricaux et césariens unis à quelques républicains qui foulent aux pieds toute idée de Justice et de Liberté, fait courir à la République le plus grave péril qui ait encore menacé son existence,
Conjure les sénateurs de l’Hérault de rester fidèles aux principes de notre grande Révolution et de refuser leur vote à une loi de circonstance qui n’a pour but que de retarder l’heure où les vrais coupables auront à rendre compte de leur complaisances et de leurs calomnies. (« Picquart et Dreyfus », Le Rappel, 18 février 1899).

De même, il organisa le 16 avril suivant une conférence de Célestin Bouglé dont il rendit compte dans L’Aurore du 19 (« La révision »).
En août 1899, pendant le procès de Rennes, et cette fois à titre personnel, il écrivit au capitaine Dreyfus la lettre suivante :

Béziers, le 15 août 1899
Mon capitaine,
Depuis le début des incidents du procès Zola je suis en passionné la marche de votre affaire. Votre innocence, pour moi, ne fait plus de doute et je l’ai crié à quiconque l’a voulu entendre soit dans la presse, soit dans les réunions publiques.
Permettez-moi, devant l’acharnement criminel de vos persécuteurs, en présence de la tentative ignoble d’assassinat dont Me Labori a été victime, de vous témoigner toute ma vive sympathie pour vous, toute mon admiration pour votre courage dans le calvaire que des misérables vous font gravir depuis quatre ans.
Puisque, à ce qu’il me semble, il y a encore du danger à croire à votre innocence, il m’est infiniment agréable de vous faire connaître mon sentiment le plus intime et le plus fort contre lequel ne prévaudront jamais les menaces et les haines de l’opinion publique qui peut être encore une fois pervertie par la culpabilité de vos persécuteurs.
François Alicot,
journaliste
13 rue de la Tour, Béziers

Quelques semaines plus tard, le 12 septembre 1899, au lendemain du verdict, il envoya un télégramme au colonel Jouaust, président du conseil de guerre, qui portait un simple : « Assassin ! »… un télégramme, on s’en doute, qui fut « arrêté par ordre de l’autorité compétente » et un autre à Dreyfus :

Capitaine,
Malgré l’éloquente défense de Me Demange, démontrant l’inanité de l’accusation, vous êtes encore appelé à subir un nouveau martyre.
La Ligue des droits de l’Homme, section de Béliers. qui n’a jamais douté de votre innocence, profondément indignée du verdict qui vous frappe, vous adresse l’expression de toute sa sympathie et espère le triomphe de la vérité — quand même. — Courage !
Saluts affectueux, (« Autour du jugement », Le Rappel, 16 septembre)

Nous retrouvons peu de choses sur Alicot après l’Affaire hormis cet article publié en 1928 dans le Mercure de France, article d’une importance capitale à la connaissance du mystérieux comte de Lautréamont dont il révélait les origines familiales et surtout ses années de lycée à Tarbes.

Sources et bibliographie : sa lettre à Dreyfus est conservée au Musée de Bretagne, 978.0023.970) et le brouillon du télégramme à Jouaust dans les archives de la section biterroise de la LDH (période dreyfusarde) qui sont conservées à Médan, à la Maison Zola-Musée Dreyfus (mise en ligne intégrale sous peu). On lira aussi le Rapport annuel à la séance du 9 janvier 1900 (Béziers, J.-B. Perdraut, 1900) que nous reproduisons à la suite. 

Philippe Oriol

 

François Alicot par Félix Cambon (coll. part).

Alicot borchure

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