Anonyme. Histoire d’un traître

Quelques jours après la publication de la dreyfusarde Histoire d’un innocent, les antidreyfusards, en novembre 1898, publièrent une Histoire d’un traître. Image française (imprimerie Millot pour la Librairie Antisémite), vendue 10 centimes sur les boulevards.

Elle était suivie de La Complainte de l’île du Diable, chanson qui se chantait sur l’air de Fualdès. Il en existait deux versions : une version monochrome et une version colorisée, la version non colorisée ayant été commercialisée, selon La Libre Parole, pour répondre à la très forte demande (« L’Histoire d’un traître, 22 novembre).

C’est en ces termes que Drumont en avait annoncé la parution :

Les Dreyfusards oui parfaitement compris cette force de la propagande par l’image.
Par malheur, ils n’avaient avec eux que des exécutants de troisième ordre, et ils ont été obligés de faire appel aux artistes de l’étranger [voir Histoire d’un innocent] pour salir la France à coups de crayon comme ils la salissaient déjà à coups de plume.
Tout le monde a vu vendre sur le boulevard cette étrange image, tout en grisailles, avec des bonshommes qui ont l’air d’être en bois ou en plomb comme les soldats qui sortent des fabriques de Nuremberg.
Plusieurs de nos amis s’étaient montrés exaspérés de cet indécent colportage, et ils ne parlaient de rien moins que d’interpeller le gouvernement pour le sommer d’avoir à interdire la vente de ce mauvais pastiche d’Épinal.
Je préfère de beaucoup, je l’avoue, la spirituelle riposte qui vient d’être faite à cette Histoire d’un Innocent avec l’Histoire d’un Traître.
Tout Paris s’amusera demain de cette page de dessins d’une verve si française, et la rue fredonnera joyeusement les drolatiques couplets de la Complainte de l’île du Diable.
Les gens du Syndicat ont donc reçu, pour cette fois, la réponse du Berger à la Bergère. Ils vont essayer de prendre leur revanche en augmentant encore une propagande qui leur coûte d’autant moins cher que ce n’est pas eux qui la paient. On nous dit que déjà, non contents de glisser de gré ou de force leur Histoire d’un Innocent dans les poches des passants, ils la font distribuer aux enfants à la sortie des écoles, pour apprendre sans doute à ces futurs soldats à mépriser l’armée dès l’âge le plus tendre.
Nos amis auront à cœur de répondre à cette propagande du mensonge par la propagande de la Vérité. Ils distribueront et feront distribuer partout l’Histoire d’un Traître, qui résume d’une façon claire, spirituelle et amusante, la monstrueuse campagne menée depuis un an pour désarmer notre patrie et la livrer pieds et poings liés à qui voudra la prendre.
Ils ne voudront pas que l’ouvrier qui revient fatigué de l’usine, que le paysan courbé depuis l’aube sur le sillon, que le pêcheur qui ne connaît d’autre journal que le ciel et l’Océan, trouvent en rentrant au logis, rapportée de l’école par leurs bambins, l’image où l’on voit l’apothéose du traître, sans trouver au moins en même temps l’image française en réplique.
           Le pauvre peuple a besoin de chansons,
disait Béranger.
Il a besoin aussi de voir des images pour se convaincre que la France n’est pas encore complètement tombée aux mains des Juifs allemands.
Montrons-lui des images françaises. (« La propagande par l’image », 21 novembre).

National Library of Jerusalem

Criminocorpus

Au début de mars 1904, La Libre Parole en publiera une nouvelle version :

Musée de Bretagne.

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