Gaston Bally

Bally, Gaston, publiciste français, dont les dates nous sont inconnues.

Collaborateur à L’Ouest-Éclair, rédacteur en chef du Petit Rennais à la fin des années 1880,  agent électoral du député Jumel, par la suite rédacteur en chef du Républicain landais (où il se rendit célèbre quand fut révélé qu’un des articles de ce radical anticlérical vigoureux était un plagiat de… Fénelon ; presse de janvier 1890), puis des Pyrénées, collaborateur du Cyclamen, revue « des Savoyards de Paris », du Petit Parisien, Bally prit la rédaction en chef de L’Indépendance de l’Est en mars 1894.
S’il parla peu de l’Affaire en 1894, se contentant de regretter qu’on ne fusillât pas Dreyfus, il consacra, à partir de la relance de 1897, un certain nombre de ses leaders à l’Affaire. Dans un premier temps, conservant « la neutralité la plus absolue » (« Terminons-en. Terminons-en », 9 décembre 1897), il blâma bientôt les dreyfusards de la campagne qu’ils menaient. Et c’est par un « Honneur à la France ! » qu’il enregistra, dans le numéro du 24-25 février, le verdict qui condamnait Zola à la peine maximale.
À l’approche des élections, soutenant Develle, il mena la polémique avec les journaux défendant Ferrette et Angelini (L’Électeur meusien, L’Écho de l’Est, La Croix meusienne et Le Républicain de l’Est), rappelant combien il était antidreyfusard et combien l’était son candidat (voir par exemple « Encore Dreyfus. Fausse manœuvre », 24 avril). De même, peu après, il fit publier un petit encart, titré « Il faut que cela cesse », dans lequel, reprenant le discours à la Chambre du 24 février de Méline, il ajoutait :

[…] il est temps que l’agitation provoquée par la campagne en faveur de Dreyfus cesse. L’ex-capitaine a été justement condamné par le conseil de guerre, qui a eu sous les yeux les preuves de sa trahison. La sentence qu’il a rendue à l’autorité de la chose jugée. Il faut que cette sentence soit respectée. Zola sera justement puni. Il faut que tous ceux qui seraient tentés d’imiter son exemple soient immédiatement châtiés » (6 mai 1898).

Dans sa défense éperdue de Develle, Bally se prêta même, au-delà de la surenchère (pour le détail voir la notice Develle) à un vilain petit jeu. Le 13 mai, il attaqua Ferrette en « révélant » qu’il avait, à plusieurs personnes, affirmé l’innocence de Dreyfus, dont il se déclarait « partisan de la révision du procès » et soutenu qu’il était légitime « de se méfier des conseils de guerre » :

Voilà l’homme ! Si l’on peut appeler ça un homme. 
Mentant à ses engagements maçonniques ; mentant aux gens d’église en leur disant qu’il n’a jamais été franc-maçon ; mentant aux patriotes en leur parlant de Dreyfus et de Zola, alors qu’il croit le traître innocent et qu’il désire la révision ; injuriant l’armée en suspectant les conseils de guerre » (« Avant que le coq ait chanté », 13 mai). 

Et le lendemain, de franchir un nouveau pas, en affirmant qu’ayant le soutien de Zévaès, Ferrette était donc le « candidat des dreyfusards », « des Juifs et de l’Internationale » (« Candidat des Juifs & de l’Internationale »).
Après cette campagne honteuse, et dont les compromissions qui la marquèrent ne permirent pas à Develle de conserver son siège, Bally retrouva son calme. Demeurant, bien sûr, antidreyfusard, c’est avec plaisir, le 7 juillet, qu’il enregistra le discours de Cavaignac à la Chambre. Avec plaisir, même s’il voulait considérer que le nouveau ministre n’avait pas affirmé autre chose que ce qu’avaient dit, au début de l’année, Billot et Méline. Mais la question qui le préoccupait était de savoir si les dreyfusards allaient enfin se taire. « Ce serait peut-être osé que de le supposer. Alors, que fera le gouvernement ? C’est là où nous l’attendons » (« Est-ce la fin ? », 9 juillet). Le suicide d’Henry ne le fit pas, dans un premier temps, changer de ligne. Il proposa d’attendre « tranquillement et avec confiance » la suite des événements et blâma les « journaux qui font profession de sémitisme ou d’anti-sémitisme » de profiter de l’occasion pour « exciter à la haine » (« Excès en tout est nuisible », 4 septembre). Le lendemain, pourtant, s’il se garda bien de se prononcer sur le fond du problème, il convint, les faux étant avérés et « la procédure [de 1894] n’a[yant] pas été correcte », que « le mieux pourrait être bien de recommencer » (« La Démission de M. Cavaignac », 5-6 septembre). Les semaines suivantes, il eut bien soin d’expliquer qu’en aucun cas il n’avait « parlé de l’innocence du traître Dreyfus » et que s’il souhaitait la révision du procès de 1894, c’était « uniquement pour mettre fin à cette funeste agitation qui menace d’engloutir dans l’abîme et l’armée et la France ». Il ajoutait : « C’est notre grand amour de la France, et de l’armée qui en est l’incarnation, qui nous a fait prendre l’attitude que nous avons. / […] De là à être dreyfusard, il y a loin, très loin […] » (« Une mise au point », 25 septembre). Mais malgré ces précautions, ses dénonciations pendant l’automne et l’hiver suivants de la campagne antisémite et des dangers du cléricalisme et du nationalisme, ses inquiétudes face à la création de la Ligue de la patrie française (voir « Vent de folie », 5 janvier 1899), qu’aggravaient encore son désir de voir les Français s’incliner devant l’arrêt de la Cour de cassation quel qu’il fût, et sa volonté de reproduire de temps à autres des articles de dreyfusards, ne furent pas du goût de l’administration de L’Indépendance de l’Est. Le 26 février, Bally, démissionnaire, publiait un dernier article, titré « Mes Adieux », dans lequel il faisait part de la peine qui était la sienne de quitter non seulement ce journal auquel il avait donné cinq ans de sa vie, mais encore « cette bonne terre de Lorraine, où cependant j’ai dû connaître parfois les amertumes de la vie, même de l’ingratitude ». S’il ne donnait pas les raisons de ce départ précipité et inattendu, quelques lignes de ses adieux les laissaient entrevoir :

Lorsque les nuages noirs qui voyagent au beau ciel de France et dont la Lorraine s’épouvante peut-être plus particulièrement seront dissipés ; 
Lorsque la politique sera rentrée dans l’ordre naturel des choses et que la franchise, la loyauté, la sincérité auront repris la place à laquelle elles ont droit ; 
Peut-être comprendra-t-on alors, mieux qu’aujourd’hui, que je n’ai cessé de lutter pour la République, pour le progrès incessant, continu ; qu’en combattant sans trêve et sans merci le cléricalisme, je pensais à la France, à la Patrie. 

Il sera remplacé par le rassurant Fernand Lapoussée et quittera en effet la Meuse. Il s’installa alors en Savoie où il prit la rédaction en chef du Patriote républicain. Nous n’en savons guère plus pour le moment, la collection du Patriote étant hors d’usage à la BNF (et notre voyage aux AD de Savoie en projet). Nous n’en connaissons qu’un article, écrit au lendemain du verdict de Rennes, article dans lequel, il écrivait : 

En décembre 1894 nous étions de ceux qui, non seulement acceptaient la chose jugée, mais qui encore déploraient qu’une loi de 1848 soit venu [sic] atténuer l’article 76 du Code militaire. Un espion, selon nous, ne méritant qu’un seul châtiment : la mort.
Le faux Henry, la communication de pièces secrètes en chambre du conseil, au premier conseil de guerre, nous firent approuver ceux qui demandaient la révision du procès de 1894.Nous approuvions sans réserve, ensuite, l’arrêt de la Cour de cassation, toutes chambres réunies.
Depuis lors, nous n’avons cessé de dire : la révision du procès s’impose, parce que seule elle pourra calmer les esprits et faire cesser celle funeste agitation qui depuis deux ans bouleverse le pays.
Dès le premier jour, nous nous sommes engagés à accepter la décision des seconds juges, quelle qu’elle soit. Un peu tout le monde, du reste, de part et d’autre avait pris le même engagement.
Les seconds juges se sont prononcés samedi ; est-ce donc enfin l’apaisement que nous allons avoir ? Oh ! nous le désirons du plus profond de notre cœur, car « il n’est que temps de réagir et de rétablir l’union républicaine, sinon nous courrons aux pires aventures, » comme l’a si justement dit dimanche notre honorable député M. Antoine Perrier, au banquet du Comice agricole de Pont-de-Beauvoisin. Mais, à lire les journaux, il ne semble pas que ce moment si désiré soit encore arrivé.
Pourquoi ? Peut-être parce que le jugement de samedi a déconcerté un peu tout le monde. On demandait aux juges du conseil de guerre de Rennes de répondre par oui ou par non, et il faut bien le reconnaître, ils n’ont répondu catégoriquement ni oui ni non. Assurément, s’il y en a deux qui ont dit non, il y en a cinq  qui ont dit oui ; mais ceux-là ont atténué leur déclaration de culpabilité en s’associant aux deux premiers pour accorder à l’accusé le bénéfice des circonstances atténuantes. Certes, nous sommes convaincus que tous ont parlé en leur âme et conscience, n’empêche que leur verdict manque de netteté. On croirait qu’ils ont voulu partager la poire en deux. Or, en fait d’espionnage, on n’admet pas trop de demi-mesures. Si Dreyfus a réellement vendu à l’ennemi les secrets de notre armée, comment diable a-t-on pu lui  accorder le bénéfice des circonstances atténuantes ; où a-t-on pu aller les chercher, ces circonstances atténuantes ? Peut-être bien à l’île du Diable  Les juges se seraient-ils laissés attendrir par l’effroyable martyre que cinq ans durant il a subi sur cette île déserte, ou bien tout en le croyant coupable, n’ont-ils pas trouvé des preuves suffisantes pour éclairer pleinement leur religion et mettre entièrement leur conscience à l’abri ; ou encore ont-ils pensé, en agissant ainsi, éviter des représailles ?
Voilà tout autant de questions qui se posent et qui restent sans réponse, et c’est pour cela qu’on est déconcerté.
Quoi qu’il en soit, l’agitation ne saurait durer, il faut absolument qu’elle cesse ; et c’est le devoir de tous les bons citoyens de travailler de toutes leurs forces dans ce but. Ne nous laissons pas absorber par une seule affaire, si passionnante soit-elle ; il faut avant tout penser il il la France. Et la France n’a jamais eu plus besoin de repos et de recueillement. (« Le verdict », 11-12 septembre 1899 ; reproduit dans le dossier du Service éducation des AD de Savoie, p. 113).

En 1902, il publia à Chambéry Les Jésuites (résolument introuvable) et nous perdons par la suite sa trace.

Philippe Oriol

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