Colonel Maurice Bailloud

Bailloud, Maurice, Camille, militaire français, né à Tours (Indre-et-Loire) le 13 octobre 1847*, décédé à Paris le 1er janvier 1921*.

Saint-cyrien (1866), lieutenant de Chasseurs en 1870, passé dans l’artillerie avec le grade de capitaine en 1872, chef d’escadron en 1884, lieutenant-colonel en 1891, il était colonel depuis mars 1895. Cet artilleur, « créature du père Didon » selon Vaughan (Souvenirs sans regrets, p. 181), fut juge suppléant au procès Esterhazy.
Proche de Picquart, qu’il avait connu à l’état-major de Galliffet, Bailloud vint le voir après l’acquittement du uhlan pour lui serrer la main : « Ah ! mon pauvre ami ! » (lettre de Ana Gay à Naville du 8 octobre [1898], Bibliothèque municipale de Genève, Ms. fr. 4490/1c, f. 50). Il sera, quelques temps plus tard, chargé par Gonse, dans le perspective du procès Zola, de faire comprendre à Picquart « que sa rentrée en grâce dépendait de lui seul ». Lui demanda-t-il, comme en témoignera plus tard Picquart lui-même, de faire « un papier pour le ministre » ? N’eut-il pas le courage de faire la démarche demandée, comme le soutiendra Reinach ? Nous ne le savons pas. Ce qui est certain, en tous cas, c’est que quelques jours avant cette visite, le 26 janvier, Jules Gay avait écrit à Leblois, de la part d’un Picquart qui cherchait en effet à rentrer dans les bonnes grâces de ses anciens supérieurs, et sous le sceau du secret, pour lui faire savoir que celui dont il était le messager préférait « que ses amis civils continuent à être absolument discrets et silentieux [sic] et s’abstiennent de chercher à le voir. – Ses amis militaires le serviront d’autant mieux qu’ils paraîtront être les seuls à le faire. Plusieurs (G[énéra]l Brault, C[olon]el Bailloud) ne cachent pas leurs sympathies pour lui. »
En revanche, à en lire les documents officiels (AN BB19 94), il ne semble pas qu’il eût été pressenti pour faire partie du conseil d’enquête appelé à se prononcer sur le cas Picquart et au final écarté, comme le crut l’ancien chef de la Section de statistique, parce que considéré comme trop favorable (voir la lettre d’Ana Gay précité).
Général de brigade en octobre 1898, Bailloud sera nommé par Félix Faure secrétaire général de la Présidence, chef de la maison militaire.  Abel Combarieu a laissé le portrait suivant de cet « élève et ami du général de Galliffet » : « […] tête légère, de peu de jugement, sautant d’une idée à une autre ; emballé contre les Juifs et contre Dreyfus. Chaque matin, quand il revient de sa promenade du bois, il apporte au Président des nouvelles alarmantes sur l’état d’esprit de l’armée. C’est un lieutenant de chasseurs qui lui a dit que… c’est un chef d’escadrons d’artillerie qui lui a assuré que, etc. Notre brave général me paraît mériter plus d’estime que de confiance » (Sept ans à l’Élysée avec la Président Émile Loubet, Paris, Hachette, 1932, p. 6. Voir aussi p. 75).
Il sera nommé général de division le 30 décembre 1901, commandera la Division d’Alger puis le  20e Corps d’Armée (Est de la France). En mars 1907, le général Picquart, ministre de la Guerre – qui lui faisait là peut-être aussi payer (c’est une hypothèse) de ne pas avoir été à la hauteur de ce qu’il avait espéré de lui en 1898, le fera muter pour avoir parlé d’une guerre prochaine. Picquart se défendra que cette mutation eut « un caractère de disgrâce » mais qu’elle était au contraire commandé par la nécessité de lui trouver « un poste qui lui convient mieux » et qui lui donnerait « peut-être un peu moins d’occasions d’être nerveux qu’à Nancy » (Journal officiel, Débats parlementaires, Chambre des députés, 28 mars 1907, p. 861-862)… Exactement les mots qui avaient été ceux de Boisdeffre et de Gonse pour justifier sa mise à l’écart de la Section de statistique en 1896 (Picquart, p. 74).

Bailloud alla donc prendre le commandement du 19e Corps d’Armée, puis du 19e (novembre 1907), de de la 17e Région puis de la 10e Région (1914), commandera la 156e Division d’Infanterie (1915-1916 et sera finalement nommé inspecteur général des Troupes françaises en Égypte, en Palestine et à Chypre (1917).

Sources et bibliographie : son dossier militaire est conservé au SHD sous la cote 9 Yd 336 ; son dossier de la Légion d’honneur sous la cote : LH/93/39. Concernant la visite à Picquart, voir Picquart, p. 109-111.

Philippe Oriol

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