Jean Argeliès

Argeliès, Jean, Baptiste, Justin, Joseph, publiciste et homme politique français, né à Paris le 28 août 1862, décédé à Paris le 16 novembre 1914.

Licencié ès-lettres, docteur en droit, chartiste, ancien élève des Hautes Études et des Langues orientales, collaborateur du Petit Caporal et du Soleil, Argeliès fut conseiller municipal de Juvisy-sur-Orge (il en deviendra maire en 1900 et sera conseiller général en 1901) avant de se présenter sous l’étiquette boulangiste aux élections de 1889, à Corbeil. Élu, il garda son siège jusqu’en 1910. Devenu radical (« Républicain radical révisionniste ») et membre de l’Union républicaine (il se dira par la suite républicain démocrate et sera nationaliste), membre du Groupe socialiste national dès sa fondation en 1893, il fut des 158 députés qui votèrent, le 10 janvier 1895, quelques jours après la dégradation de Dreyfus, la demande d’urgence, rejetée par la Chambre, en faveur de la proposition de loi antisémite de Pontbriand visant à interdire à ceux qui n’étaient pas Français ou nés de parents naturalisés Français depuis trois générations d’être admis dans l’administration, l’armée ou la marine ou à faire partie d’une assemblée élective (Journal officiel, Débats parlementaires, Chambre des députés, 11 janvier 1895, p. 16).
Logiquement antidreyfusard, il vota à la suite surprise : pour l’ordre du jour de Lavertujon affirmant le « respect de la chose jugée » et « l’hommage rendu à l’armée par le ministre de la Guerre » et en faveur de l’ordre du jour flétrissant les « meneurs de la campagne odieuse entreprise pour troubler la conscience publique » (Habert et Richard), lors de la séance du 4 décembre 1897. Le 13 janvier 1898, après « J’Accuse… ! », tout en refusant sa confiance au gouvernement, il vota l’ordre du jour de Mun qui demandait au gouvernement de « prendre les mesures nécessaires pour mettre fin la campagne entreprise contre l’honneur de l’armée ». Satisfait, près le verdict du procès Esterhazy, de « l’effondrement », de « la débâcle de la Juiverie », il appelait à « poursuivre les responsables » et promettait de suivre Pontbriand qui venait de proposer une nouvelle fois son projet de loi tendant « à interdire à tout juif et à tout étranger l’accès des fonctions civiles et des grades militaires avant que trois générations au moins se soient succédées après la naturalisation d’un de ses ascendants » (interview à Jean Drault, « L’Affaire Dreyfus et le Parlement », La Libre Parole, 12 janvier 1898. Notons que cette même interview, parue dans La Presse « L’Après-midi. Après le Jugement. Nos interviews », 13 janvier – donne à la place de « Juiverie » : « Syndicat »). Dans cette logique, le 24 janvier, il déposa (avec Chiché, Michelin, Paulin-Méry, Gabriel Baron, Cluseret, Laporte, Goussot et Ernest Roche) un ordre du jour qui affirmait la réprobation de la Chambre à l’égard des « criminelles manœuvres du syndicat Dreyfus » et invitait « le Gouvernement à les réprimer avec énergie » (Journal officiel. Débats parlementaires, 25 janvier 1898, p. 169) et, le 24 février, il fut un des signataires (avec Beauregard, Castelin, Cluseret, Chiché, Paulin-Méry, François, Le Senne, Turigny, Clovis-Hugues, Roche, Gabriel Baron, Laporte, Goussot, Michelin, Denis) de l’ordre du jour, écarté, qui invitait, en toute simplicité, « le Gouvernement à réprimer avec énergie l’odieuse campagne entreprise par un syndicat cosmopolite, subventionné par l’argent étranger, pour réhabiliter le traître Dreyfus condamné à l’unanimité sur le témoignage de vingt-sept officiers français et qui a avoué son crime » (Journal officiel, Débats parlementaires, Chambre des députés, 25 février 1898, p. 837).
Si, à l’occasion des élections de mai 1898, Argeliès fut, dans sa profession de foi, assez discret sur l’Affaire (s’en tenant à un unique : « Je combattrai, sans hésitation, tous ceux qui voudraient porter atteinte au sentiment patriotique », Recueil Barodet 1898, p. 732) et ne fit guère de proclamation antisémite, il fut moins allusif sur une affiche, ornée d’un beau portrait que reproduisit en pleine page Le Démocrate de l’arrondissement de Corbeil du 5 mai, affiche qui portait ces quelques lignes : « Je veux : la République respectable, à l’intérieur : débarrassée des intrigants, des politiciens qui la compromettent, et des étrangers qui la trahissent ».
En juillet, après avoir apporté son soutien à Rochefort et à son nouveau Parti républicain socialiste français (« Le Banquet des élus », L’Intransigeant, 13 juin 1898), il vota l’affichage du discours de Cavaignac (il fut un de ceux qui après le discours manifesta son contentement d’un tonitruant « Vive la France ! » – Journal officiel, Débats parlementaires, Chambre des députés, 8 juillet 1898, p. 1958), puis, l’année suivante, la loi de dessaisissement, l’ordre du jour flétrissant les événements d’Auteuil et s’opposa à l’affichage de l’arrêt de la Cour de cassation proclamant la révision (ordre du jour Sembat). En 1900, le 22 mai, il vota l’ordre du jour de Chapuis invitant l’Assemblée « à s’opposer énergiquement à la reprise de l’affaire Dreyfus », s’abstint de voter l’amnistie tout en votant une partie de l’amendement Vazeille qui tentait de la contrer, et, en 1903, membre du Groupe républicain nationaliste, après le discours de Jaurès et l’enquête annoncée par André, refusa, sur l’ordre du jour de Chapuis, la confiance au gouvernement tout en votant la seconde partie de qui demandait « à ne pas laisser sortir l’affaire Dreyfus du domaine judiciaire ».
En 1906, après la réhabilitation, il s’abstint sur le projet de réintégration concernant Dreyfus mais vota celui concernant Picquart, vota contre l’ordre du jour Pressensé demandant que fussent prononcées des sanctions disciplinaires à l’égard des véritables coupables, s’abstint sur l’ordre du jour de Réveillaud « rendant hommage aux artisans de la révision » et vota contre le projet de loi relatif au transfert des cendres de Zola au Panthéon (proposition de loi Breton). En 1908, encore, il s’abstint de voter la condamnation des attaques contre la Cour de cassation après les campagnes de L’Action française et de L’Autorité (ordre du jour Dalimier).  
Battu en 1910, alors membre du Groupe progressiste et à l’Union républicaine, il se retira de la vie politique. Si son nationalisme s’était adouci, ainsi qu’en témoigne sa voix donnée à l’ordre du jour qui flétrissait les incidents d’Auteuil, Argeliès fut un authentique antidreyfusard et le restera, préférant s’abstenir de voter la réintégration de Dreyfus comme de proclamer son soutien à la Cour de cassation accusée par les nationalistes d’avoir falsifié le droit pour réhabiliter la capitaine.

Philippe Oriol

 

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