Armand de Baudry d’Asson

Baudry d’Asson, Léon, Armand, Charles de, homme politique français, né à Rocheservière (Vendée) le 14 juin 1836*, décédé à La Garnache (Vendée) le 12 mai 1915.

Fils d’un page de Charles X, Baudry d’Asson a été l’inamovible député des Sables-d’Olonne pendant près de quarante ans. Élu pour la première fois en février 1876, il se signala aussitôt par ses talents d’interrupteur et la virulence avec laquelle il défendait les intérêts royalistes et catholiques contre la République et l’anticléricalisme officiel, ce qui lui valut parfois quelques sévérités disciplinaires. Il s’était également spécialisé dans les questions économiques et notamment agricoles.
Avec sa grande barbe et son verbe sonore, Baudry d’Asson était l’une des « figures » du Parlement, mais il n’eut jamais de véritable influence au sein du parti royaliste qui le jugeait dénué d’envergure et se méfiait un peu de son intransigeante sincérité et de son ultra-légitimisme. Cela lui évita de se compromettre dans le boulangisme, qu’il détesta d’instinct, et dans l’affaire Dreyfus pendant laquelle, malgré son antisémitisme (il avait, le 27 mai 1895, proposé d’abroger la loi et les décrets de l’Assemblée nationale de 1789 « par lesquels les juifs furent déclarés Français et susceptibles d’occuper des fonctions publiques dans notre pays » et, tout en soutenant bruyamment le vicomte d’Hugues et son ordre du jour antisémite, avait demandé de passer à l’ordre du jour « considérant que sous la République actuelle [il avait écrit à l’origine : « sous la République de M. Ribot »] ce ne sont pas les ministres qui gouvernent la France, mais bien les juifs et les francs-maçons », Journal officiel, Débats parlementaires, Chambre des députés, 28 mai 1895, p. 1501 et 1502) et sa violente hostilité aux dreyfusards de toutes sortes (il souscrivit pour dix francs au Monument Henry, 16e liste), il ne se mêla pas à l’agitation factieuse, tout en condamnant la faiblesse du gouvernement (Journal officiel, Débats parlementaires, Chambre des députés, 25 janvier 1898, p. 168 et 169-170) et votant à la Chambre, systématiquement et jusqu’au bout, toutes les mesures hostiles à la révision. Ainsi, le 4 décembre 1897, il vota le respect de la chose jugée et l’hommage rendu à l’armée (ordre du jour Lavertujon) ainsi que l’ordre du jour Habert et Richard condamnant « les meneurs de la campagne odieuse entreprise pour troubler la conscience publique » et, après « J’Accuse… ! » et l’ordre du jour de Mun demandant au gouvernement de « prendre les mesures nécessaires pour mettre fin la campagne entreprise contre l’honneur de l’armée ».
Au Conseil général, en avril 1898, il s’associa au vœu de son collègue Halgan :

En Vendée, dans ce département où les sentiments du plus pur patriotisme sont toujours en honneur, les représentants de nombreuses municipalités se sont levés, afin de protester contre les agissements de ceux qui essayaient de porter atteinte à la dignité de l’armée.
Les membres du Conseil général de la Vendée s’associent cette manifestation et prient M. le Ministre de la Guerre de croire que tous professent pour les chefs de notre armée entier respect et pleine confiance. (Département de la Vendée. Conseil général. 1re session ordinaire de 1898, Rapport du préfet et procès-verbaux des délibérations, La Roche-sur-Yon, Raoul Ivonnet imprimeur, 1898, p. 99-100).

À l’occasion de sa campagne pour les législatives de mai, il condamna, dans sa profession de foi, les scandales « comme ceux qui viennent de se produire au Palais de Justice de Paris, et que nos gouvernants pouvaient si bien arrêter » et promit qu’il se battrait pour que n’existent plus les « traîtres à la France», « ces hommes infâmes qui ne craignent pas de cracher l’outrage sur ce qui nous reste encore de plus cher : / Nos généraux, notre armée !! », et qu’il déposerait « un projet de loi ayant pour but de d’expulser, ou même de coller au mur, permettez-moi cette expression : / Tous les traîtres à la patrie ! »  (Recueil Barodet 1898, p. 804). Réélu, membre du Groupe de la Défense nationale, il vota l’affichage du discours de Cavaignac et, au Conseil général, en août, il signa un nouveau vœux, proposé par Paul Bourgeois, ainsi libellé : 

Le Conseil général de la Vendée,
Justement indigné par la campagne scandaleuse qui est dirigée contre l’armée ;
Tout particulièrement ému par des événements qui, à une date « récente, se sont produits dans le département,
« Emet le voeu que le Gouvernement prenne enfin des mesures pour que nul ne puisse porter atteinte à l’honneur de l’armée, et n’essaie ainsi de frapper la Patrie elle-même. (Département de la Vendée. Conseil général. 2e session ordinaire de 1898, Rapport du préfet et procès-verbaux des délibérations, La Roche-sur-Yon, Raoul Ivonnet imprimeur, 1898, p. 162).

Après la mort d’Henry, Baudry d’Asson, se manifesta pour demander au président du Conseil de convoquer les Chambres et le prévenir qu’il avait l’intention d’interpeller le gouvernement sur « la fuite de Zola » et sur « la révision du procès de celui qui est à l’île du Diable, et qui, à mon avis, ne devrait jamais en sortir ». Il demandait aussi, comme il l’avait fait sans succès au Conseil général peu avant (« Conseil général de la Vendée », L’Étoile de la Vendée, 28 août), que fût votée rapidement une loi « afin que tous les insulteurs de l’armée, que tous les traîtres à la patrie soient fusillés sans pitié » (« L’Affaire Dreyfus », Le Temps, 15 septembre 1898). 
Par la suite, après avoir demandé la mise en accusation du ministère Brisson (« Nouvelles du jour », Le Temps, 22 novembre 1898), le remplacement de la Chambre criminelle par les deux autres chambres afin de « faire cesser sans plus tarder l’agitation dreyfusarde » et la traduction de la Chambre criminelle devant un conseil de guerre (Journal officiel, débats parlementaires, Chambre des députés, 13 janvier 1899, p. 21), il vota la loi de dessaisissement, s’abstint sur la condamnation des incidents d’Auteuil, s’abstint lors du vote de l’affichage de l’arrêt de la Cour de cassation (ordre du jour Sembat) et, après Rennes, vota l’ordre du jour Chapuis (22 mai 1900) contre la reprise de l’Affaire. Le 7 avril 1903 (il avait été réélu l’année précédente en s’en prenant aux juifs, aux francs-maçons et aux « sans-Dieu », Recueil Barodet 1902, p. 964), à l’occasion de la relance de l’Affaire par Jaurès et l’enquête annoncée par André en avril 1903, il vota, sur l’ordre du jour Chapuis, contre le gouvernement et pour la seconde partie demandant que l’affaire ne sortît pas du domaine judiciaire et, en 1906, contre la réintégration de Dreyfus et celle de Picquart, contre l’ordre du jour demandant que fussent prononcées des sanctions disciplinaires à l’égard des véritables coupables (ordre du jour Pressensé), contre celui de Réveillaud « rendant hommage aux artisans de la révision » et contre le projet de loi relatif au transfert des cendres de Zola au Panthéon (proposition de loi Breton). En 1908, il vota contre la condamnation des attaques contre la Cour de cassation après les campagnes de L’Action française et de L’Autorité (ordre du jour Dalimier).  
À tort ou à raison, la police eut toujours pour lui une piètre estime : « valeur personnelle : nulle », « criblé de dettes », « sans influence au conseil général où il est de nulle valeur, sans instruction, caractère décidé, homme peu considéré », etc. (voir son dossier de police aux Archives nationales, F7 159311).
Assagi par l’âge au cours de ses derniers mandats et victime d’une attaque cérébrale à la Chambre en juin 1906, il ne se représenta pas en 1914, laissant son fils lui succéder. Il se retira en Vendée et y mourut l’année suivante.
Baudry d’Asson a incarné jusqu’au bout l’opposition absolue à la République et peut même passer, par son extraordinaire longévité et sa fidélité exemplaire, pour l’image un peu caricaturale du royalisme vendéen ennemi de toute concession.

Bertrand Joly

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