Henry Bertheray

Bertheray, Henry (de son vrai nom Neuburger), journaliste français dont les dates nous sont inconnues.

Bertheray, reporter, signataire de la protestation en faveur de Picquart (10e liste), eut la surprise, le 30 juillet 1899, de découvrir à la lecture de L’Écho de Paris qu’il était un des témoins du cinquième groupe (vingt-sixième témoin) du naïf et délirant Quesnay de Beaurepaire. Le jour même, il signala aux Droits de l’Homme, auquel il collaborait alors (et dans lequel il publia en feuilleton, entre les 2 mai et 8 juin 1899, un roman intitulé Intellectuels), en attendant les explications qu’il promettait pour le lendemain, le « cas d’auto-mystification » qui montrait « le crédit que l’on doit accorder aux dires de l’inénarrable Lucie Herpin » (« Une nouvelle gaffe de Q »). Le 31, Les Droits de l’Homme publièrent sa lettre à Quesnay qui expliquait en détail toute l’affaire, nouvelle preuve que l’enquête de Quesnay n’était « qu’un grossier tissu d’ineptes potins » et que ses fameux dossiers n’étaient composés, en majeure partie, que de coupures de journaux dont l’inéducable magistrat tâchait « par des moyens qui frisent le maquillage de documents, de faire des arguments en faveur d’une mauvaise cause ». En effet, Quesnay présentait ainsi son vingt-sixième témoin : Le témoin, étant ministre, se montrait si certain de la culpabilité de Dreyfus qu’il envoya à l’île du Diable un gardien sûr, muni des instructions les plus rigoureuses. / (Le témoin n’a pas fait de déclaration spéciale ; mais le dossier contient une interview très circonstanciée à laquelle il s’est prêté, étant ministre, et dont il n’a jamais contesté les termes ». Le ministre était Chautemps qui avait en effet répondu à une interview faite par Bertheray pour l’Agence nationale. Et Bertheray notait que non seulement Chautemps n’était alors plus ministre des Colonies (« point de détail, mais qui a son importance quant à une affaire d’ordre juridique. Les faits avancés doivent, avant tout, être exacts ») mais encore que « l’interview circonstanciée » n’était pas celle de Chautemps mais celle de Philippe, son secrétaire. Et le plus beau est que dans cette interview, que Bertheray considérait comme ayant constitué sa « première étape vers le dreyfusisme », il était dit exactement le contraire de ce que voulait laisser entendre l’improbable Quesnay. En effet, Philippe avait raconté qu’un « gardien sûr » avait bien était envoyé par Chautemps à l’île du Diable (il s’agissait du délicat Lebars) mais que les « instructions les plus rigoureuses » avaient, entre autres, pour objet de veiller à ce que les autres gardiens ne se laissent pas attendrir par un coupable qui n’avait de cesse de clamer son innocence avec un « accent tellement sincère ». Bertheray, qui croyait à ce moment à la culpabilité du capitaine, s’était insurgé et avait opposé aux protestations dont parlait Philippe les fameux aveux (dont il était question dans l’article de Calmette à l’origine de toute l’affaire). Mais le secrétaire de Chautemps lui avait certifié que « jamais il n’a cessé de se dire innocent, jamais !… ». Et c’est dans ce sens que Bertheray avait fait son interview. Il concluait donc ainsi sa lettre à Quesnay : « Voici donc la valeur de vos preuves, de ces preuves que vous recueillez, on le voit, si légèrement, pour accuser un innocent. / Et vous fûtes procureur général, et vous avez accusé au nom de la société, vous fûtes un justicier, vous !… Et vous aviez peut-être des preuves comme celles que vous donnez aujourd’hui. / Puisse le sang des innocents retomber sur votre tête » (« La 26e preuve. Lettre à Quesnay »).

Philippe Oriol

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