Adolphe de Belfortès

Belfortès, Jean, Adolphe, Odon, Célariès de, militaire, propriétaire et homme politique français, né à Lisle-sur-Tarn (Tarn) le 3 avril 1838*, décédé à Caudebronde (Aude) le 10 septembre 1912).

Saint-cyrien, lieutenant de cavalerie démissionnaire après 1870, maire de Claudebronde, Belfortès, à l’initiative d’Ancenay et de quelques-uns de ses amis, et avec le soutien de L’Express du Midi et du Courrier de l’Aude, et au niveau national de La Libre Parole et de L’Autorité, se présenta aux législatives de 1898 à Carcassonne. Commençant sa campagne le 16 avril, par une réunion publique à Carcassonne, il attaqua de front expliquant que si sollicité il y a cinq ans il avait préféré refuser la proposition qui lui avait été faite, il n’en était plus de même aujourd’hui :

[…] quand au vieux soldat on a montré l’armée française qu’il aime, insultée par des cosmopolites sans pudeur, mal défendue par des ministres impuissants et exposés à des coups qu’elle ne peut rendre, il a senti le rouge de l’indignation et de la colère lui monter au visage ; et il est venu vers vous pour vous dire : « Amis, voulez-vous qu’ensemble nous fassions campagne contre une bande de malfaiteurs qui s’imaginent que lorsque on possède des millions on a le droit de tout faire et que la France laissera écraser sans protester l’armée nationale sa seule espérance dans l’avenir ! ».

Cette campagne, on l’aura compris, se ferait sur un principal thème : « Lorsque Drumont écrivait sa France juive, qui de nous ne considérait ce livre comme un éloquent pamphlet, et cependant, messieurs, c’était Drumont qui avait raison et prédisait d’avance le rôle néfaste de la finance cosmopolite dans les affaires du pays. » C’est ce qu’il exprimera longuement dans sa profession de foi :

On ne peut nier aujourd’hui que les Français ne sont plus maîtres en France et qu’ils sont soumis aux ordres, aux avanies et à l’exploitation des juifs. Ceux-ci ont pu, tout à leur aise, insulter notre armée et jeter la suspicion sur ses chefs les plus méritants. Le jury de la Seine a fait son devoir, mais, seul, il a fait son devoir. Le gouvernement, la magistrature, le Parlement se sont trouvés manifestement paralysés et dominés par une puissance occulte qui, grâce à l’or qu’elle nous a pris, tient la presse et dispose de tous les rouages du pouvoir. L’œuvre du jury de la Seine vient d’être anéantie et livrée aux menées hostiles de ses ennemis […] Qu’avons-nous vu ? Pour sauver un traître juif condamné à l’unanimité par trois conseils de guerre [sic] et sur le témoignage de vingt-sept officiers, les juifs, escortés de témoins qui n’ont rien prouvé et dont plusieurs n’étaient pas Français, n’ont pas craint de mettre en péril le salut de la patrie en voulant obliger notre état-major à révéler des secrets dont la divulgation pouvait attirer la guerre sur la France dans les vingt-quatre heures. Nous supportons, sans rien dire, depuis un siècle et particulièrement depuis vingt-cinq ans, l’exploitation des juifs qui se sont emparés de la plus grande fortune mobilière, écrasent notre industrie, continuent à accaparer le monopole du grand commerce et détiennent les meilleures places de l’administration et de la magistrature ; voilà que maintenant ils prétendent trafiquer de l’indépendance et de la dignité de notre pays. Voulez-vous tolérer ces insultes et laisser subsister ces dangers ? » (« Chronique locale », L’Express du Midi et Le Courrier de l’Aude, 17 avril).

Toutes ses prises de paroles ou presque furent centrées sur l’Affaire comme il le fit à Carcassonne le 30 avril où il en fit « si longuement, trop longuement peut-être » l’historique afin de faire « la démonstration de la toute-puissance des juifs ». Il y défendit Max Régis, en prison pour « avoir parlé des Juifs, sans cacher l’horreur qu’ils lui inspirent », attaqua le Syndicat ; Mathieu Dreyfus, « juif, frère du condamné », et auteur de la « lettre infâme » qui dénonçait Esterhazy ; Zola et sa « bombe chargée de dynamite, je devrais dire d’une autre matière », etc.  (L’Express du Midi et Le Courrier de l’Aude, 2 mai). Voter pour lui était voter pour la France et voter pour ses deux principaux concurrents, comme l’écrira son comité, pour l’ennemi : M. Marty est l’ami d’un gouvernement qui est prisonnier des juifs ! / M. Théron se recommande d’une politique qui a pour chefs les soutiens du syndicat allemand Dreyfus-Zola and C° » (« Électeurs ! », Le Courrier de l’Aude, 7 mai). Belfortès, « candidat de la protestation nationale », sera largement battu mais recueillera tout de même 3 829 voix. Il reprendra « le chemin de [m]a retraite » (« Aux électeurs de l’arrondissement de Carcassonne », Le Courrier de l’Aude, 11 mai).
Par la suite, il donnera des articles au Courrier de l’Aude sur la guerre des Boërs et se consacrera à sa charge de maire.

Sources et bibliographie : on pourra consulter son dossier militaire au SHD sous la cote : 5 Ye 17883.

Philippe Oriol

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