Johel d’Armor

Armor, Johel d’ (Joseph, Marie, Georges Guyomar dit), homme de lettres et publiciste français, né en à Lorient (Morbihan) le 2 octobre 1872*, décédé à Lorient le 5 octobre 1929.

Les premières traces que nous trouvons de Johel d’Armor remontent à 1892 avec ses premières publications au Nouvelliste du Morbihan (jusqu’en 1897) et la prise en charge, l’année suivante, du secrétariat de rédaction d’une revue littéraire, Le Biniou. C’est en 1893 aussi, qu’en plus de ponctuelles collaborations au Lorientais, au Réveil du Morbihan et à l’éphémère Programme, il publia chez Cathrine, éditeur sis en sa ville, un recueil de poèmes intitulé Amours et Folies. En novembre 1894, il devint directeur de L’Avenir de la Bretagne, bi-hebdomadaire crée en 1887, poste qu’il conservera jusqu’à mars 1895.
Pendant cette courte direction, il fit une seule allusion à l’Affaire dans les quelques articles qu’il signa, une petite note introductive à une lettre de son collaborateur Paul Lorans, lettre « vibrante de patriotisme, trop pure, trop française » (27 décembre 1894). En 1897, il créa un éphémère journal, La Mer, journal des plages (n° 1, 8 mai) puis commença à collaborer au catholique et royaliste Morbihannais. À l’été 1898, on retrouve sa signature dans L’Arvor, dans Le Courrier morbihannais et dans Le Courrier des campagnes. C’est à ce moment qu’il se porta candidat à l’occasion d’une élection complémentaire au conseil municipal de Lorient (La Croix du Morbihan, 24 juillet 1898), et où il prit la tête d’un nouveau journal, « journal républicain absolument indépendant », La Vérité lorientaise, sous-titré : « Lorient aux Lorientais » (n° 1, le 27 juillet). Essentiellement dirigée contre le conseil municipal, feuille de petits règlements de compte personnels, elle offre aussi, pratiquement à chaque numéro, de longues dissertations sur les juifs et le judaïsme dues à Georges Couradis, Fernand Guilloteau, ou C[olin] de L[armor], « antisémites, par conséquent chrétiens » (« Pantalonades” », 22 septembre). D’Armor, antisémite militant, en septembre suivant, lança en toute simplicité, sur les traces d’un Philippe Sapin, le projet (apparemment sans suite) d’un Annuaire antijuif, « liste des maisons juives lorientaises » et invitait ses lecteurs à lui envoyer « sur les tenanciers de ghettos tous les renseignements qu’ils possèdent » (« Annuaire antijuif », 15 septembre). En ce qui concerne l’Affaire, peu après, dans son journal, il inaugura, une rubrique, « Poubelle dreyfusarde », relevé d’articles de la presse de l’autre camp et de petites rubriques non signées. Il s’en prit à ce moment, pour tenter de la ramener à la raison, à cette jeunesse bretonne qui venait « approuver une cause aussi détestable que celle de l’ignoble crapule Dreyfus » (« Je suis triste quand je vois des jeunes gens intelligents – je n’ose pas écrire la suprême injure : des intellectuels – être aussi peu conséquents avec eux-mêmes » ; « L’université dreyfusarde », 9 octobre) puis au député de Lorient, Guieysse, « farouche châtelain socialiste », défenseur « de l’ignoble crapule qui se nourrit délicieusement à nos frais à l‘île du Diable » (« Guieysse dreyfusard », 29 septembre) et à son collègue Jacob :

Vous êtes Français, vous vous découvrez quand le drapeau passe dans le défilé du régiment ; eh bien pour vous représenter vous avez des gens qui se croient au dessus de cette chose sacrée. ILS N’EN VEULENT PLUS DE NOTRE ARMÉE, ils s’embrigadent avec les dreyfusards et les juifs, ils se font défendre par des journaux enjuivés, ils méprisent vos convictions, ils se payent de votre patriotisme. […] À bas Guieysse ! À bas Jacob ! À bas les Juifs ! Vive l’armée ! (« Guieysse & Jacob dreyfusards », 30 octobre).

L’antidreyfusisme de d’Armor, on le voit, était avant tout antisémite et offrait un schéma qui avait le mérite de ne pas être trop compliqué. Il la résuma ainsi en novembre, occasion de se féliciter d’être, avec son journal, à la pointe du combat :

Depuis l’affaire Dreyfus nous sommes divisés en deux camps, à Lorient : Le camp antisémite et le camp Dreyfusard. Celui-ci représenté par Guieysse, Jacob et leurs journaux : La République du Morbihan et Le Phare ; l’autre par tous les autres journaux de la vielle dans lesquelles [sic], sur cette question la Vérité fut la plus précise. Elle a affirmé haut et bien fort son mépris pour le Juif, pour l’accapareur. Colin, Fernand Guilloteau et moi-même avons publié ici des articles dont la lecture ne pouvait laisser indécis nos nombreux amis. Tous les gens sensés ont compris nos sentiments de bons Français. « Le Juif est une plaie qui suppure de partout et qu’une solution seule de mercure peut guérir » me disait il y a deux ans mon ami Guilloteau. Mon ami le prenait certes au figuré, mais quel rapprochement indéniable ! Le Juif est une plaie, disais-je, c’est plus : c’est une sangsue. (« Deux camps », 6 novembre).

Soutien de la section nantaise de Ligue antisémitique (« L’antisémitisme en Bretagne »13 novembre), il accueillit aussi avec joie la création de la Ligue de la patrie française dont le caractère antidreyfusard et antisémite ne faisait pour lui pas le moindre doute :

[…] la Ligue de la Patrie Française [veut] la réhabilitation de notre pays devant l’étranger par l’union de tous les patriotes. Elle y arrivera malgré le troupeau d’êtres obscurs qui s’est mis aux trousses des Clémenceau [sic], des Guyot, des Pressensé et des Reinach, misérables salariés du Syndicat. Le jour où les Français débarrassés des juifs et de leurs valets ssront enfin maîtres chez eux, l’ont verra déguerpir comme des putois enfumés dans leurs tanières volées, la vermine cosmopolite qui essaye de nous ronger jusqu’à la moëlle pour mieux nous livrer à nos ennemis, avec le bandit de l’île du Diable comme général. Mais les Juifs, bien que roublards, ne voient pas qu’ils préparent eux-mêmes leur mort ; ils iront pourrir sur le charnier écœurant grossi chaque jour par leurs propres déjections. (« La “Patrie Française” », 29 janvier 1899).

Ce texte sera le dernier publié dans La Vérité lorientaise qui cessera alors de paraître. Johel d’Armor, qui entre temps avait publié Landes et genêts, préfacé par Henry Céard (A. de La Morinière), donné quelques textes au Courrier des campagnes (septembre 1899), revint au Morbihannais (à partir de mars) où il donna des « Notes d’un Lorientais ». Toujours républicain (« Tribune libre. À Max Hilaire de la République de Savoie », Le Morbihannais, 26 juillet), il ne s’attarda que peu sur l’Affaire. Tout juste, après le verdict de Rennes, nota-t-il « la seconde flétrissure de Dreyfus » – « le Juif félon est anéanti – qu’il aille pourrir dans sa propre fange » – (« Notes d’un Lorientais. L’affaire Dreyfus aux colonies », 17 septembre) et « l’échec des Juifs à Rennes » (« Notes d’un Lorientais. Retour des mnœuvres », 20 septembre). Quant à la grâce, elle ne fut pour lui qu’une « honte » et ce d’autant plus que devait se tenir le procès de la Haute Cour :

Voyez le contraste : Un israëlite qui a vendu la France est gracié ; des Français qui ont voulu sauver leur pays sont bannis. C’est à dégoûter pour tout jamais d’être républicain, sous une république de vendus, de tarés, de francs-maçons, de juifs et d’enjuivés. Crapules ! (« Notes d’un Lorientais. UNE HONTE : la grâce de Dreyfus », 22 septembre).

En 1900, tout en continuant sa collaboration au Morbihannais, il donna aussi quelques articles au Courrier des campagnes et, en février 1901, se présenta, sous l’étiquette nationaliste et toujours sans plus de succès aux municipales (L’Avenir de Bretagne, 10 février 1901). Après avoir repris sa collaboration au Courrier des campagnes, inauguré celle à La Semaine sportive bretonne, publié un nouveau recueil de poèmes (Algues et Goémons chez Le Godinec de Keralic), il fera paraître, l’année suivante, un nouveau journal : La Cloche d’alarme. « Journal républicain indépendant », journal de combat qui était voulu par son directeur comme un organe où serait défendue « ardemment l’Armée car nous estimons avec les honnêtes gens, que celle-ci est inattaquable, et que ses chambardeurs officiels ou autres méritent d’être flétris comme ils essaient de flétrir le drapeau » ;  où seraient combattues « les menées de Francs-Maçons, qui, en refusant à des citoyens le droit de ne pas penser comme eux, ou de se former en association, commettent le dernier des abus, la dernières des lâchetés » ; où seraient dénoncés les « individus qui se font les larbins des Juifs pour plaire à un gouvernement taré, ennemi de cette liberté des Droits de l’Homme, violée par lui avec une impudeur si remarquable » ; où serait répété « avec fermeté aux défenseurs du traître le dégoût qu’ils nous inspirent, montrant du doigt à nos lecteurs bretons la chancre qui ronge la France, envenimé chaque jour, à chaque occasion, par les morticoles ministériels » (« Pour la France », 16 février 1902). Dans cette nouvelle feuille éphémère, il soutint, dans le cadre des élections de 1902, Guilloteaux et Lamy et son journal disparut le jour des résultats. Il revint pour quelques semaines au Morbihannais, réapparut en 1904 pour un nouvel échec aux municipales (Le Nouvelliste du Morbihan, 10 avril 1904) et disparut cette fois tout à fait pour semble-t-il s’adonner au dessin (c’est du moins ce que nous fait comprendre un article de 1910 ; La Croix du Morbihan, 21 août 1910). En 1915, il revint au journalisme en collaborant au Nouvelliste du Morbihan, disparut à nouveau, réapparut en 1922 dans les colonnes des Nouvelles, disparut à nouveau pour encore réapparaître, dans le même journal, de 1927 à sa mort. À sa mort, André Janson dans Le Rappel du Morbihan se rappellera du très « délicat poète », de l’homme « qui n’aurait pas fait de mal à une mouche, qui crut de longue années à la bonté humaine et à la perfection » (« La mort de Johel », 9 octobre 1929). Il ne l’avait connu que dans ses dernières années…

Philippe Oriol

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