Placide Astier

Astier, Placide, Alexandre, pharmacien, publiciste et homme politique français, né à Aubignas (Ardèche) le 23 février 1856*, décédé à Paris le 6 mars 1918.

Pharmacien célèbre, inventeur du Kola Astier, fondateur du Monde Médical, Astier, très tôt passionné par la politique, collabora à divers journaux de sa région, L’Indépendance, Le Radical, L’Avenir de l’Ardèche, dans lesquels il défendit ses idées radicales-socialistes. C’est sous cette étiquette, qu’il se présenta à deux reprises à partir de 1885 et fut battu. Devenu parisien, franc-maçon (Dictionnaire des FM, p. 87), il fut élu en 1896 conseiller municipal du 17e arrondissement (siège qu’il perdit en 1898), puis conseiller général de la Seine, et, en 1898, vice-président du Conseil municipal de Paris. 
Fort de ces succès, il tenta à nouveau sa chance aux législatives de mai 1898, briguant un siège en son Ardèche natale. Dans les réunions publiques qu’il organisa pour soutenir sa candidature et dans sa profession de foi, occasion de rassurer ses électeurs sur ses sentiments à l’égard de l’Affaire, il attaqua le gouvernement Méline auquel il était opposé : « Si dès le début de la déplorable affaire Dreyfus-Zola, le général Billot avait affirmé à la tribune, comme il l’a fait deux mois plus tard, que Dreyfus avait été légalement et justement condamné, nous n’aurions pas eu les scandales attristants que je ne saurais trop rigoureusement flétrir ». Et en conclusion, il demandait la révision du code militaire pour permettre « l’application de la peine de mort aux traîtres à la patrie, même en temps de paix » (Recueil Barodet 1898, p. 52-53). Pour lui, tout le mal venait du fait que « pour vivre, le ministère Méline avait besoin des sémites et des anti-sémites et qu’en voulant contenter ces deux partis il a fait œuvre anti-française » (« Les conférences Astier », Le Journal d’Aubenas, 9 avril). Malgré ces discours rassurants, Astier fut attaqué par son concurrent Chalamet et par les journaux qui le soutenaient, L’Union républicaine et Le Courrier d’Aubenas et du Bas-Vivarais, comme par les journaux de la plus pure réaction à l’image de La Croix de l’Ardèche qui expliquait qu’il n’était pas possible de voter pour lui dans la mesure où il était un « radical teinté de socialisme », un franc-maçon, qui « tout en se disant hostile à l’agitation Dreyfusarde, a de fâcheuses accointances avec les Vaughan et les Clemenceau » (« Circonscription d’Aubenas », 8 mai). Astier se justifia de cette dernière accusation en expliquant que s’il était vrai que Vaughan, à la création de L’Aurore, lui avait proposé de prendre des parts et qu’il en avait pris, comme 87 autres personnes, rien à ce moment n’aurait pu laisser prévoir que le nouveau journal deviendrait bientôt une des principales tribunes du dreyfusisme : « Je n’ai jamais assisté à une réunion des actionnaires de l’Aurore, qui d’ailleurs n’ont aucun droit à la direction politique de ce journal. / Je n’ai jamais mis les pieds à l’Aurore. / Je n’ai jamais envoyé une note quelconque à ce journal. / Je n’en possède même pas les actions. » Et d’expliquer à la suite que tout ce qu’il avait pu écrire sur un quelconque sujet avait été toujours publié à l’antidreyfusard Éclair, qu’« à aucun moment [il n’avait] pris parti pour Zola » (« Une réunion contradictoire à Aubenas », Le Journal d’Aubenas, 23 avril. Voir aussi le 4 mai) et qu’au contraire, « brevet de patriotisme » (« Les erreurs de M. Chalamet », 30 avril), il avait manifesté son admiration pour Rochefort, « ce vaillant défenseur de l’armée bafouée, cet ennemi déclaré de la bande juive qui voulait traîner dans la boue le drapeau d’Austerlitz » (« M. Astier en tournée électorale », 23 avril). Toutefois, à son adversaire qui lui reprochait d’être soutenu par le dreyfusard docteur Roux, de La Démocratie de l’Ardèche, Astier, ne put guère répondre qu’en accusant son détracteur d’être un calomniateur (« M. Astier en tournée électorale », 30 avril). Et il passa à l’offensive en mettant son adversaire au défi de dire ce qu’il avait fait contre les soutiens du traître – « Que ceux, fera-t-il écrire dans le numéro suivant du Le Journal d’Aubenas, qui lui parlent encore de cette affaire montrent ce qu’ils ont fait contre Dreyfus et Zola ! » (« Deux mots de réponse au Courrier », 7 mai) – et, sous la forme d’une anodine justification, en laissant ses soutiens rappeler qu’il était protestant et que « la campagne en faveur de Dreyfus est menée par un syndicat juif et protestant » (J.-L. Croze, « L’“Aurore” à Chalamet », 7 mai). Pire, il laissa aussi rappeler que Chalamet avait collaboré à La République française dont Scheurer-Kestner avait été l’administrateur (« M. Chalamet et Scheurer-Kestner », idem) et formuler ce mensonge selon lequel Chalamet n’avait pas signé la protestation contre Zola qui avait circulée parmi les professeurs (J.-L. Croze, « L’“Aurore” à Chalamet », idem). Très confortablement élu (8 525 voix contre 3 080), il s’inscrivit au groupe radical-socialiste et au groupe de la Gauche démocratique.
Par la suite, s’il vota avec toute l’Assemblée, l’affichage du discours Cavaignac du 7 juillet, il porta par la suite sa voix, éclairé par le faux Henry, régulièrement du côté des partisans de la révision. Il vota en effet contre la loi de dessaisissement, condamna les incident d’Auteuil et vota l’affichage de l’arrêt de la Cour de cassation (ordre du jour Sembat). Il avait expliqué, ainsi que le rapporta Le Matin, lors d’un banquet donné à Aubenas, en Ardèche, le 20 septembre 1898, les raisons de ce changement d’attitude : « […] bien qu’ayant voté l’affichage du discours de M. Cavaignac, il estimait que, depuis la découverte du faux du lieutenant-colonel Henry, la révision s’imposait pour calmer les esprits surexcités » (« Députés révisionnistes », 21 septembre).
Après Rennes, il fit partie de ceux qui, comme il le en avril 1903, voudront « fermement ne pas rouvrir l’ère des discordes » mais sans aucunement s’opposer et entraver « l’action de la justice » (Journal officiel. Débats parlementaires, 8 avril 1903, p. 1654, repris in Cassation II. I, p. 597). Il s’abstint donc, en mai 1900, sur l’ordre du jour Chapuis qui tentait de s’opposer à la reprise de l’Affaire, vota pour l’amnistie et contre l’amendement Vazeille et, en avril 1903, après la relance de l’Affaire par Jaurès et l’enquête annoncée par André, la confiance au gouvernement que constituait la première partie de l’ordre du jour Chapuis et contre la seconde partie qui demandait à « à ne pas laisser sortir l’affaire Dreyfus du domaine judiciaire ».
En 1906, il vota la réintégration de Dreyfus et de Picquart, s’opposa à l’ordre du jour de Pressensé demandant que fussent prononcées des sanctions disciplinaires à l’égard des véritables coupables et vota l’hommage proposé par Réveillaud « aux artisans de la révision » et le projet de loi relatif au transfert des cendres de Zola au Panthéon (proposition de loi Breton). De même, il condamna, en 1908, la campagne contre l’arrêt de la Cour de cassation réhabilitant Dreyfus entreprise par L’Action française et L’Autorité (ordre du jour Dalimier).
Régulièrement réélu, il se démit en 1910 de son siège de député après avoir remporté la sénatoriale partielle en Ardèche. Inscrit au groupe de la Gauche démocratique du Sénat, comme il l’avait été à la Chambre, il mena un combat sans relâche pour l’enseignement technique pour lequel il fit voter une importante loi pendant la guerre. Il était alors, en plus de son mandat de sénateur, maire d’Aubignas, conseiller général et président de l’assemblée départementale de l’Ardèche et directeur, depuis 1914, de La France de Bordeaux et du Sud-Ouest.
Dreyfusard modéré et fort discret, Astier fut un des nombreux partisans de l’apaisement. S’il était certes soucieux de voir triompher la justice et la vérité, il ne voulait guère, et surtout après Rennes, que la vie du pays fût perturbée pour une affaire qui, selon lui, devait demeurer dans les strictes limites du judiciaire.

Philippe Oriol

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