Charles Achard

Achard, Charles, poète et publiciste français, né en 1865, mort en mars 1927.

Rédacteur-en-chef, depuis le 4 octobre 1891, de L’Observateur du Centre, « journal Indépendant, puis « Démocratique  Référendiste » puis « Démocratique socialiste Référendiste », Achard, à la nouvelle de l’arrestation du « capitaine juif Dreyfus », « un de ces vermineux fils d’Israël », en appela dès le premier jour à ce que le conseil de guerre qui serait appelé à le juger se montrât « impitoyable » (« La mort doit être le châtiment de ce traître ») et à ce que les juifs, qui, « non contents d’apporter leur crasse, […] apportent encore leur trahison et la ruine », soient exclus de l’armée (« Pas de pitié », 13 novembre). Aux Français de ne pas laisser durer une situation devenue intolérable : « Avec leur cynisme de marlous à panse rebondie, les youtres circoncis ou pas, trouveront un jour, et ce jour est proche, une masse compacte de justiciers qui leur feront payer cher l’avilissement d’une patrie, ou jadis fleurissaient ces vertus issues du terroir gaulois : l’honneur, la probité et le courage » (« Commencement de justice », 25 décembre). Il ne put donc que se réjouir du verdict de condamnation et se consoler en pensant que « l’exécuté n’est pas un des nôtres ». Que ce premier acte ouvre donc une voie : « Espérons, encore une fois, que l’exemple qui vient d’être donné, au milieu de l’armée, ne demeurera pas vain pour le vrai peuple de France, et que, jusque dans les plus petits hameaux, des voix, rumeur immense, s’élèveront pour maudire le juif corrupteur et destructeur, et demander son écrasement » (« Le châtiment », 8 janvier 1895).
En décembre 1897, Achard, antidreyfusard par nationalisme et antisémitisme, notait, optimiste dans son éditorial, que « la race française, malgré les rudes assauts qui lui ont été et qui lui sont livrés chaque jour par les coalitions cosmopolites, n’est pas à la veille de s’éteindre » (« Le réveil des énergies », 28 décembre). Pour lui, les données étaient simples : « il faut être avec Dreyfus ou avec la France » et être avec la France était tout d’abord être contre le juif qui lui « répugn[ait] parce qu’il a tout abaissé, tout souillé » et ensuite contre les dreyfusards dont une grande partie était composée de « cette jeunesse qualifiée d’intellectuelle », « déprimé[e] » par « cette littérature chère à M. Lugné-Poë », « aplati[e] devant les idoles norvégiennes » et dont les membres, si Dreyfus n’avait pas été juif, « seraient restés cois, vautrés sur les banquettes poisseuses des brasseries interlopes où ils se réunissent pour lire leurs chefs-d’œuvre, pendant que des filles aux fards immondes, muses alcooliques, leur servent des bières étranges et des amours inguérissables » (« Lettre ouverte », 8 février). Pour en finir, et dans la perspective des élections à venir, il invita ses lecteurs à « exiger des candidats une profession de foi basée sur le nationalisme » (« Conseils aux électeurs », 8 mars). C’est à ce moment que L’Observateur – qui accueillait depuis quelques temps des plumes socialistes – connut un total revirement, devenant (depuis le 19 avril), « Journal socialiste. Organe du Parti Ouvrier – Fédération Socialiste de la Nièvre », accueillant des textes de socialistes de toutes tendances (Jaurès, Allemane, etc.) , publiant, à partir de fin mai, le « Petit catéchisme socialiste » de Tabarant dont le deuxième entretien tentait de montrer l’erreur que constituait l’antisémitisme (7 juin) et ne traitant plus de l’Affaire que par les articles de Lucien Pautrat qui, pour exemple, après le discours de Cavaignac, pouvait écrire : « Pour nous, indépendants, il résulte de tout ceci qu’un homme aurait été jugé illégalement et condamné seulement parce qu’il était juif, et qu’aujourd’hui toutes les forces de la société bourgeoise se liguent entre elles pour empêcher l’explosion de la lumière et de la vérité qui sera également l’éclosion complète de la Révolution sociale » (« Tribune publique. L’affaire du jour », 19 juillet). Après la mort d’Henry, le journal ne publia plus pour ainsi dire que des textes dreyfusards des grandes figures socialistes et Achard se tint coi. Le 25 octobre, son nom disparaîtra de l’en-tête.
Par la suite, ce grand et vieil ami de Jean Baffier, qui avait illustré en 1890 son recueil de poème La Musette (Nevers, imprimerie de Vincent), avec lequel il avait collaboré au Réveil de la Gaule dont son frère Édouard était rédacteur-en-chef et auquel en 1911 il consacra une étude (Le Sculpteur berrichon Jean Baffier, Paris, Bloud), deviendra directeur de La Production contemporaine. Il est plus que probable qu’il soit le « Ch. Achard » qui souscrivit, en 1906, à l’Hommage national à Mercier (3e liste).

Philippe Oriol

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