Henry Berton

Berton, Henri, Amédée, Célestin (dit Henry), avocat français, né à Paris le 21 janvier 1874*, décédé à Lagny (Seine-et-Marne) le 19 mars 1963*.

Jeune diplômé de l’École libre des sciences politiques (1896), Berton, membre titulaire (1898) de la Conférence Molé-Tocqueville, s’associa, lors de la séance du 25 février 1898, à l’ordre du jour courageux de Jouet, largement repoussé :

Considérant qu’il est établi, par le silence même du Gouvernement, notamment lors de la question qui lui a été posée dans la séance du 24 janvier, que les garanties légales dues à tout accusé n’ont point été respectées dans le procès du capitaine Dreyfus,
S’associe dès lors aux protestation parues dans la presse en faveur du maintien de ces garanties (p. 119).

À la séance du 24 juin, après avoir dénoncé l’antisémitisme dans celle du 18 mars (p. 129), il déposa avec ses amis Jouet et Lirmin-Lipman, un ordre du jour qui en appelait à la nécessité d’une « politique d’union républicaine et de réformes, dégagée de toute compromission avec les partis réactionnaires et antisémites » (p. 195). S’il ne prendra plus guère la parole par la suite, alors attaché au ministère des Travaux publics puis sous-chef de cabinet, il signera le modéré Appel à l’Union (9e liste du Figaro) puis interviendra, après l’arrêt de la Cour de cassation, le 16 juin 1899, pour s’opposer à la politique de l’éponge réclamée par Cornély et demander non des « représailles excessives » mais de « justes sanctions » :

Le pardon n’est pas possible. Il est des crimes et des forfaitures qui ne peuvent rester impunis. Ce serait une trop grande stupéfaction pour les consciences droites du peuple que de voir la loi violée par ceux-là même qui lui en imposent le respect. […] Quels qu’ils soient, ces criminels, il faut que le châtiment s’abatte sur eux. Auparavant, ils seront appelés à se défendre. Ils sauront, eux, quelles charges pèsent sur eux ; l’accusation s’appuiera sur autre chose que sur des faux. Ils auront des juges impartiaux et la grande lumière de l’audience. Mais ensuite, s’ils ne se sont pas disculpés, le général Mercier qui fausse la balance des juges, le général de Pellieux, qui machine si habilement l’absolution des traîtres, le brillant colonel du Paty de Clam, l’honorable commandant Walsin-Esterhazy, – qui encore ? Alors, oh ! alors, l’armée et la patrie les rejetteront de leur sein, ces citoyens et ces soldats indignes, et sauveront ainsi leur honneur.
Il y en a d’autres dont la responsabilité est aussi lourde, qui échapperont au châtiment matériel, et qui, d’ailleurs, ne sont dignes que du mépris des honnêtes gens : Rochefort l’ignorant, Judet le sot, Drumont le sectaire, – et Quesnay de Beaurepaire, magistrat glorificateur de la violation des lois !… » (p. 241-242). 

À, à la fin de l’année, lors de la discussion sur la candidature de Mercier au Sénat, il déposera un ordre du jour fustigeant l’ancien ministre, homme qui « a présidé à la fois au massacre et à l’illégalité » (p. 48).
Par la suite, il soutint son doctorat en droit et fut nommé auditeur au Conseil d’État (1900), avocat à la Cour d’appel de Paris (1902), chef adjoint du cabinet de Clemenceau en 1906, tout d’abord à l’Intérieur puis à la présidence du Conseil. Par la suite, il sera conseiller à la préfecture de la Seine (1907), maître des requêtes honoraires au Conseil d’État (1909), président de section au Conseil de préfecture de la Seine (1911). On retrouve sa trace après la Guerre comme adjoint territorial au Conseil économique de l’Algérie.
Ce collaborateur du Répertoire de droit administratif est aussi l’auteur de La Constitution de 1848 (1898), L’Évolution constitutionnelle du second Empire (1900), d’un recueil de poésies, La Saison des âmes (1904) et deux deux études consacrées à Verlaine (1902) et Henri de Régnier (1910).

Sources et bibliographie : les références de pages renvoient, pour la période 1897-juin 1898 à l’Annuaire de la conférence pour 1898, Paris, Au siège de la Conférence, [1898] ; pour la période novembre 1898-juin 1899 à l’Annuaire de la conférence pour 1899, Paris, Au siège de la Conférence, [1899] ; et pour la suivante (novembre 1899-juin 1900) à l’Annuaire de la conférence pour 1900, Paris, Au siège de la Conférence, [1900]. On pourra consulter son dossier de la Légion d’honneur sous la cote : 19800035/415/55483 et son dossier individuel de carrière du personnel administratif : AN F/14/11401.

Philippe Oriol

 

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