Gustave Bernard

Bernard, Jean, Brice, Gustave, avocat et homme politique français, né à Baume-les-Dames (Doubs) le 11 novembre 1836*, décédé à Baume-les-Dames le 8 décembre 1907.

Avocat, député du Doubs de 1878 à 1889, sénateur du Doubs de 1889 à sa mort en 1907, ancien sous-secrétaire d’État au Ministère de l’Intérieur du cabinet Freycinet (1886), ce républicain progressiste, ancien président du groupe de la Gauche radicale, membre, puis vice-président de la Gauche démocratique, lors de la séance du 7 décembre 1897, proposa après les déclarations de Scheurer-Kestner un ordre du jour qui refusait la confiance au gouvernement et proclamait sa « confiance dans l’œuvre de justice ». L’ordre du jour fut rejeté à une immense majorité à cause de l’équivoque, « sur laquelle on peut se méprendre », comme le dira Méline, de sa seconde partie qui pouvait être entendue, en effet, comme un soutien à Scheurer (Journal officiel, Débats parlementaires, Sénat, 8 décembre 1897, p. 1379-1380). Et telle n’était pas, assurément, la position de Bernard. En effet, s’il se garda toujours de hurler avec la meute et vota contre la loi de dessaisissement, pour la condamnation des incidents d’Auteuil et, en 1906, pour la réintégration de Dreyfus et de Picquart et le projet relatif à l’érection, au Sénat, des statues de Scheurer et Trarieux (résolution Monis), on ne peut le considérer à proprement parler comme un dreyfusard. Il fut plutôt un champion de l’apaisement, soucieux seulement d’en finir au plus vite avec une Affaire qui n’avait que trop duré. C’est dans cette optique, et uniquement dans cette optique, qu’il avait proposé, le 1er mars 1899, lors de la discussion de la loi de dessaisissement, un contre-projet visant à ce que soit donnée à la Cour de cassation le moyen systématique de statuer « sur le fond, sans renvoi » et donc d’obtenir « un verdict définitif, qui ne permettra pas de faire revivre l’affaire, de l’éterniser en quelque sorte ». Il profita de l’occasion de cette discussion pour définir sa propre position dans l’Affaire :

[…] les uns ont voulu que le condamné fût innocent, et on les a appelés les dreyfusards. 
[…] Les uns ont voulu et veulent encore que le condamné soit coupable : ce sont les antidreyfusards. 
Mais il y en a d’autres, et ils sont nombreux dans cette Assemblée, comme ils sont nombreux dans le pays, qui, restés en dehors de l’affaire ; qui, ne connaissant pas le dossier, n’ont pas cru avoir le droit, malgré de graves et troublantes révélations, de se prononcer sur cette délicate question, mais qui, voulant la lumière, voulant la vérité et toute la vérité, l’attendent de la justice, prêts à s’incliner devant sa décision, quelle qu’elle soit. 
Je suis de ceux-là ; […] je n’appartiens à aucune ligne, je me contente d’être un bon citoyen, un bon républicain et un bon Français.
[…] Vous me permettrez d’ajouter que nous aimons, que nous respectons l’armée. 
[…] Et vous ne pouvez pas trouver étrange que je vienne le déclarer hautement à cette tribune, alors que quelques-uns, se méprenant sur mes intentions, pourraient peut-être croire que notre proposition nous a été inspirée par je ne sais quelle pensée de suspicion.
Il n’en est rien, messieurs, et je dis que ceux-là sont bien coupables qui exploitent contre des Français le plus noble des sentiments. 
Ceux qui outragent l’armée, messieurs, vous les connaissez bien, ce sont ceux qui se livrent à des excitations, à des provocations à l’indiscipline, et qui voudraient la faire servir à je ne sais quelles folles et criminelles entreprises. 
Il n’est pas nécessaire, permettez-moi de le dire encore, il n’est pas nécessaire pour être un bon français et un bon citoyen d’appartenir à la Ligue des patriotes ou à la Ligue de la Patrie française. Et, on l’a dit avec autant d’esprit que de raison, le patriotisme, le véritable patriotisme, ne consiste pas à aller reprendre périodiquement Strasbourg sur la place de la Concorde » (Journal officiel, Débats parlementaires, Sénat, 2 mars 1899, p. 226).

Modéré, Bernard fut un partisan, et même un champion, de l’apaisement. Un de ceux qui, comme il tint à le dire lui-même avec une grande clarté, dans l’extrait précité, ne voulait se ranger ni dans un camp ni dans l’autre.

Philippe Oriol

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