E. –V. Aubert

Aubert, E.-V., publiciste français, dont nous ignorons tout.

S’il ne parla pas de l’Affaire en 1894, Aubert, rédacteur-en-chef et principale plume de L’Écho de Clamecy, ne put y échapper en 1898. La regrettant en ce qu’elle « nous replonge dans un océan de boue, où menace de sombrer jusqu’au prestige de notre armée » (« Dans le pétrin », 23 janvier 1898, vue 228), il n’en dénonça pas moins l’antisémitisme (« Manœuvres électorales », 30 janvier, vue 232) tout en y recourant pour attaquer Jaluzot, député sortant, « Juif parfumé et travesti, en même temps que forcené destructeur de youpins » (« Patriotisme électoral », 13 mars, vue 256). N’abordant que très rarement l’Affaire, Aubert et son journal n’en furent pas moins accusés, et pour cette raison même, d’être « des renégats de la patrie (idem). Aubert se montra pourtant bien peu dreyfusard et ne voulut jamais considérer l’Affaire que comme « un accident judiciaire qui appartient exclusivement à la justice nationale » (« La politique », 9 octobre, vue 377). Et s’il considéra après la mort d’Henry que plus « personne ne croit à l’infaillibilité des États-majors et ne confond l’Armée nationale avec quelques chefs indignes » (Vœu Patriotique », 11 septembre, vue 361), s’il savait « ce que cache l’agitation antidreyfusarde » (« La politique », 9 octobre, vue 377), et s’il souhaitait la révision, ce n’était certes pas pour sauver un innocent mais parce qu’elle seule pourrait apporter l’apaisement. Et, écrivait-il, si Dreyfus était « reconnu définitivement coupable, que douze balles le délivrent, et nous aussi, d’une situation intolérable ». Il ne souhaitait finalement qu’une chose, dont il donnait l’exemple avec son journal : « que plus longtemps, on n’exploite pas cette sinistre affaire » (Vœu Patriotique », 11 septembre, vue 361. Voir aussi « L’imbroglio », 25 septembre, vue 369).
Ce républicain s’insurgera contre la loi de dessaisissement, « loi de coup d’État » (« La loi de dessaisissement au Sénat », 5 mars 1899, vue 40), et, à la lecture de la publication de l’enquête de la Cour de cassation, deviendra dreyfusard. « Bordereau, pièces à conviction, témoignages écrits et témoignages verbaux ne sont plus qu’un amas de mensonge et de faux. Les pièces authentiques ont été fraudées, tronquées, dénaturées » (« La politique », 21 mai, vue 85). Il ne faisait plus de doute pour lui que Dreyfus « n’est point l’auteur du bordereau, preuve officielle de sa prétendue culpabilité », et que l’« apparente indifférence de tant de ministres successifs » n’avait jamais eu d’autre but que de « sauver de l’effroyable déchéance les panachés d’un état-major pourri » (« Allons-nous en finir ? », 30 avril, vue 73). Impatient toujours d’en finir, il développait maintenant pour l’expliquer d’autres raisons : « La Vérité est en marche, avait dit Zola. Il avait raison ; mais il paie d’un exil forcé son courage. / Picquart aussi paie de sa liberté la vérité que chacun proclame aujourd’hui. / Il est temps que cela finisse » (« À la Cour de cassation », 4 juin, vue 93). Le verdict de Rennes, « transaction bâtarde », le scandalisa : « […] il ne s’agissait ni de justice ni de vérité. Il fallait sauver les généraux faussaires et menteurs au prix même de la condamnation de l’innocent. » Pour lui, deux mesures s’imposaient : la grâce de Dreyfus, « que l’on dit gravement atteint, après de si longues et atroces souffrances », et la nécessité de « débarrasser l’armée – en temps de paix, tout au moins – de cette monstruosité, digne des temps barbares – qui s’appelle un Conseil de guerre » (« Le Verdict », 17 septembre, f. 160).
Il publiera son dernier article en avril 1900. Nous perdons ensuite toute trace de lui.

Note : le lien direct sur la page de la collection numérisée de L’Écho de Clamecy n’étant pas possible, nous ne donnons que le lien qu’à la première occurrence de chaque année en indiquant à chaque fois le numéro de la vue correspondant à la page.

Philippe Oriol

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