Louis Bruyerre

Bruyerre, Louis, Joseph, Clément, militaire puis auteur dramatique, né à Paris le 10 mars 1864*, décédé le 12 mai 1938 (?).

Bien que disposant de peu d’informations sur le parcours qui le mena jusque dans rangs de l’armée dans laquelle il s’engagea en 1883 et où il fut élevé au grade de brigadier en 1884, sous-lieutenant en 1888 puis de lieutenant en 1897), sa lettre de démission permet d’appréhender sa personnalité et son dreyfusisme. Cette lettre, du 30 juillet 1898, « rédigée dans un style violent », selon le général Roget (Rennes iii, p. 152), était à la mesure de la colère qu’il éprouvait vis-à-vis d’une armée qui n’agissait plus selon les principes pour lesquels il s’était engagé : « pour moi, l’honneur de l’armée se confondait avec l’honneur de la nation et l’intérêt de l’une ne me paraissait plus pouvoir être opposée à l’intérêt de l’autre depuis que l’idée de patrie a pris naissance dans le monde moderne ». Bruyerre ne pouvait admettre que l’armée ne se résumât qu’aux membres de l’État-major et que leurs intérêts prévalussent sur ceux de la patrie : « j’ai entendu déclarer par des ministres que le vocable “armée” désigne uniquement le corps d’officiers et d’une manière plus spécialement quelques membres de l’État-major. On nous a appris que cette armée possède des intérêts et surtout des droits particuliers qui doivent primer ceux de la patrie ». Bruyerre admettait la défaillance d’un haut gradé, mais ne pouvait concevoir que l’ensemble de l’état-major cautionnât l’ignominie et « se rende complice du crime en le couvrant ». Il renonça donc à cette armée transformée en caste devant laquelle « tout ce qui constitue la dignité humaine, c’est-à-dire la conscience de la justice doit s’effacer ». Il démissionna le 12 juillet 1898 et fut révoqué de son grade le 30 juillet de la même année. Interrogé lors de la première révision, le 19 janvier 1899, sur la période d’instruction faite en 1894 puis, au procès de Rennes, au cours des audiences du 1er et du 4 septembre 1899, il s’appliqua à rétablir la vérité concernant les documents du 120 court, précisant qu’il était possible de « prendre tous les croquis et toutes les notes qui auraient pu nous convenir et aucune recommandation contraire ne nous avait été faite ». Il expliqua ensuite que les officiers n’avaient jamais eu aucun problème pour examiner les pièces de la batterie des 120 court, comme pour assister aux écoles à feu, précisant qu’aucune précaution particulière n’était jamais prise. Il souligna les facilités qu’il y avait à se procurer le Manuel de tir, notant d’ailleurs que plusieurs milliers d’exemplaires étaient envoyés par la poste à tous les officiers de la réserve et de l’armée territoriale « sans aucune espèce de contrôle possible ». L’officier Bruyerre ne voulut pas cautionner l’accomplissement d’actes qu’il repoussait hautement, et laissa à d’autres le soin honteux de « la besogne infâme ». Redevenu homme de troupe il demeura néanmoins au service de l’armée au cas où la nation serait en péril. C’est en tant qu’homme de lettres qu’il se présenta le 19 janvier devant la cour de cassation lors de la première révision, à l’audience du procès de Rennes du 1er septembre 1899, qui avait signé la 2e protestation de janvier 1898 (6e liste), et qui signera l’Adresse au capitaine Dreyfus (11 septembre 1899). Il sera aussi un habitué du dîner des Trois Marches (Stock, p. 133).
Nous ne connaissons que deux pièces de Bruyerre : Le Devoir, présentée au Théâtre Libre le 15 et 16 février 1893 et En Paix, présentée au Théâtre Antoine le 8 janvier 1900.
Nous perdons ensuite toute trace de lui jusqu’à sa reprise de service en 1914. Il se battit dans la Somme, en Champagne, à Verdun et en Argonne où sa conduite héroïque lui valut d’être élevé au grade de capitaine en mai 1917, d’être cité à l’ordre de l’armée, décoré de la croix de guerre et de la Légion d’honneur en 1918. Nous perdons ensuite toute trace de lui jusqu’à son tardif mariage, en 1929, avec Marie Louise Aglaé du Louvat de Champollon.
Notons que photographe amateur, il réalisera, à l’occasion de sa venue au procès de Rennes, une série de clichés dont 50 nous sont aujourd’hui connus.

Sources et bibliographie : sa déposition lors de la première révision se trouve dans Cassation i. ii, tome 1, p. 612-616, celle de Rennes dans Rennes iii, p. 144-153. Sa lettre de démission, en partie citée, du 30 juillet 1898, a été publiée dans Le Siècle, 3 septembre 1899 et dans Rennes iii, p. 310-312. L’original, reproduit à la suite, est conservé à la Maison Zola-Musée Dreyfus. Ses clichés sont conservés à la maison Zola Musée Dreyfus. On consultera son dossier de la Légion d’honneur sous la cote : 19800035/741/84147.

Sandrine Maillet et Philippe Oriol

Dessin de Maurice Feuillet – mahJ

 

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