Ibels, Albert, André, homme de lettres et peintre français, né à Paris le 13 mai 1872*, mort à Villemomble (Seine-et-Oise) le 6 mai 1932.
Tout d’abord poète, André Ibels, qui signait aussi Andhré Ibels, jeune frère du peintre Henri-Gabriel Ibels, collabora, très occasionnellement au début des années 1890, à La Plume, au Mercure France, à L’Ermitage, à L’Enclos, etc. Libertaire, il participa, avec Charles Chatel, à la création de La Revue anarchiste. Science et art (8 numéros d’août à décembre 1893). Après trois numéros, son nom disparut de la couverture où il était présenté comme secrétaire et des sommaires ; il ne sera donc pas de la Revue libertaire qui y fera suite (changement de nom qui ne fut pas motivé par une saisie comme on le lit souvent mais par la nécessaire prudence de ses rédacteurs après le vote des deux premières « lois scélérates ». Il n’est donc pas exact d’écrire, comme le fera Han Ryner, qu’« André Ibels la continua [La Revue anarchiste] sous un autre nom et inventa ce mot : ”Libertaire“ qui était destiné à une si brillante carrière » (André Ibels (Esquisse d’un ”Endehors“ à l’aube du XXe Siècle)…, p. 9 ; notons au passage que le mot « libertaire » était déjà fort répandu et tout autant utilisé). L’année suivante, en novembre, avec Mécislas Golberg, « je tentai follement, écrira-t-il, de relever le drapeau de la Révolte en fondant le Courrier social illustré avec lequel j’espérais tenter la délivrance de quelques libres cerveaux égarés dans le troupeau des hommes » (« À propos du ”Porteurs de Torches“. Bernard Lazare ‘l’homme) », L’Aube, n° 4, juin 1897, p. 199). Mais une nouvelle fois, il se « dérob[a] », pour reprendre les mots de Bernard Lazare ainsi qu’il les rapportera dans l’article précité. Si nous ignorons tout des raisons pour lesquelles il avait quitté au troisième numéro La Revue anarchiste, nous connaissons, toujours grâce à ce même article, les raisons de ce nouveau départ : ayant échappé aux grandes rafles du début de 1894 et n’ayant pas figuré sur le banc des accusés au grotesque « Procès des Trente », le bruit couru qu’il était un mouchard de la Préfecture. Mais Ibels n’avait pas totalement disparu et, un rapport de police en date du 29 mars 1895 nous l’indique, il voyait à ce moment très souvent Lazare, « continuant à prêcher les moyens les plus violents » (Archives PP, Ba 79, publié dans Lazare, La Question juive, Paris, Allia, p. 205). Est-ce son amitié avec Bernard Lazare, justement, inlassable défenseur de Dreyfus, qui eut une quelconque influence dans l’engagement dreyfusard d’André Ibels ? Nous ne le savons pas mais ce qui est sûr est que si André Ibels, à la différence de son frère, demeura un dreyfusard discret, il avait tenu à prendre position dès janvier 1898 en donnant son nom à la première protestation (1ère liste) ainsi qu’à l’Adresse à Zola (1ère liste). Nous ne trouvons guère d’autre trace d’engagement d’André Ibels dans l’Affaire que ces deux signatures et la lettre qu’en 1901 il communiqua à La Presse pour rectifier une erreur de prénom dans l’information que le journal avait publiée au sujet de revirement de son frère (voir sa notice) :
Mon frère s’appelle Henri-Gabriel.
Quant à André Ibels, il est très heureux que cette confusion de prénom lui permette d’engager ouvertement son frère à dévoiler certains tristes et immondes dessous de l’affaire Dreyfus et à démasquer quelques-uns de ses grands meneurs. (« A. Ibels et H.-G. Ibels », 6 décembre 1901).
André Ibels, qui avait entre temps publié quelques volumes (Les chansons colorées et Ode à Emmanuel Signoret, Bibliothèque de La Plume, 1894 ; Les Cités futures, Bibliothèque de l’Association, 1895 ; Talentiers. Ballades libres, Bibliothèque d’Art de La Critique, 1899), tenta aussi l’aventure politique sans grand succès. Se définissant bientôt comme socialiste-révolutionnaire − il avait à quelques reprises, en poète, collaboré au Parti ouvrier de Jean Allemane −, il se présenta sous cette étiquette aux législatives de mai 1898 dans le XIIIe arrondissement de Paris où il recueillit 13 voix. Par la suite, André Ibels publiera un dernier recueil de poèmes (Le Livre du Soleil, 1907), quelques romans (Gamliel, au temps de Jésus, 1901 ; L’Arantelle, en collab. avec Georges de Lys), 1908 ; La Page Blanche, 1924 ; La Maison de l’Enfer, 1926 ; La Bourgeoise Pervertie, 1930), une petite dizaine de pièces de théâtre et, dans la presse, un certain nombre de campagne contre l’Assistance Publique, au sujet de la Traite des Chanteuses et de la prostitution dans les cabarets.
Sources et bibliographie : Han Ryner, Ibels (Esquisse d’un ”Endehors“ à l’aube du XXe Siècle). Conférence faite à l’Université Alexandre Mercereau. Le Caméléon, Conflans-Honorine, Éditions de L’Idée libre, 1927.
Philippe Oriol

Frontispice des Cités futures